. Plaidoyer pour le diagnostic clinique... .

Voir aussi : mise à jour déc. 04


Spécialiste et généraliste : vertus du diagnostic clinique...

Rejet d'un dossier par l'administration ; infraction réelle ou supposée à des normes parfois peu explicites ou très contradictoires ; contentieux avec un donneur d'ordre, des partenaires, un voisin ou des collaborateurs... On pourrait multiplier les situations et les illustrer d'exemples. Des mois ou des années de démarches compliquées et coûteuses, avec constitution de tonnes de dossiers techniques et juridiques, la mobilisation d'une partie des ressources du service ou de la PME sur un problème stupide mais paralysant, une sensation d'impuissance devant l'incompréhensible ou un sentiment d'oppression face à un système écrasant... Parfois, le résultat y est, mais à quel prix ! Parfois c'est l'échec, alors en désespoir de cause on fait appel au consultant-pompier - en oubliant qu'avant tout le pompier a une mission de prévention qui, si elle était reconnue, éviterait bien des accidents. Mais, même s'il est faible, le coût de la prévention est facultatif... alors pourquoi le payer ? Tandis que la question ne se pose pas pour l'accident : quel qu'en soit le prix, il faut le payer...
Quand arrive le gourou Zorro, il pose des questions qui n'ont rien à voir avec le problème (est-il bien sérieux, celui-là ?)... et soudain - pas toujours, mais souvent - tout paraît simple, évident, facile... Que de tracas évités si l'on y avait pensé plus tôt !

  • "Tout ce que je fais c'est clarifier le problème et refuser de me laisser effrayer par son ampleur ; mais c'est tout ce dont ils ont besoin. Toutefois... exactement la même attitude exaspère souvent d'autres gens..." [K Follett] -> voir aussi : le coaching selon Agatha...

Ce scénario, maintes fois déroulé dans ma vie de consultant ou de formateur, j'en avais pour la première fois rencontré une des composantes-clefs en tant que malade. Adolescent, j'avais des problèmes de dos. Vers 20 ans, subitement atteint de violentes douleurs lombaires, je suis naturellement allé voir un rhumatologue... qui m'a dit que je n'avais rien - même si on me piquait à la morphine ! J'en ai donc vu un autre, puis un autre... au total, 5 rhumatologues agrégés (dont 2 également agrégés de radiologie), ayant formulé 5 diagnostics différents. Mystérieusement, indépendamment de ces consultations, mes tourments ont cessé. Quelques années plus tard, mêmes douleurs. En pleine nuit, donc naturellement j'appelle un généraliste... qui diagnostique une banale (quoique belle) crise de coliques néphrétiques. Depuis, tout va bien et à moindre coût : on fait ce qu'il faut... parce qu'on agit où il faut... parce qu'on a identifié le problème. Auparavant, tout allait mal, au prix maximum - et il n'y avait pas de raison que ça change tant qu'on gesticulait à côté du problème...

Mon erreur : être naturellement allé voir un médecin du dos puisque j'avais mal au dos, rétrécir le champ du fait de présupposés aussi évidents que faux.


Une erreur collective de la corporation rhumatologique : avoir négligé un précepte pascalien élémentaire ("savoir un peu de tout..." ... plutôt que tout sur très peu !). Sans même avoir besoin d'un examen approfondi, n'importe quel étudiant en médecine sait reconnaître des coliques néphrétiques. Et même s'il n'est pas sûr de son diagnostic, il se pose la question, tant l'évidence est grande et la probabilité forte. Comment cette évidence peut-elle disparaître pour nos pontes ? On sait bien que c'est parce qu'ils approfondissent l'investigation dans le détail pointu de leur spécialité à un point tel qu'ils ne regardent plus autour. Est-ce satisfaisant pour autant ? Si légitime soit-il, le fait d'accommoder sur le détail doit-il empêcher de conserver une vue d'ensemble ? Cette conclusion n'est-elle pas transposable dans d'autres situations que nous vivons quotidiennement ?

N'ayons pas la cruauté de nous attarder sur leurs erreurs individuelles. Le premier ("vous souffrez, mais vous n'avez rien") n'était pas vraiment "orienté client"... Quant au principe déontologique qui commande à tout médecin de s'employer à soulager les souffrances d'autrui... Le 2è a vu là des retombées collatérales de problèmes osseux aux pieds : il suffit de renoncer à la marche à pied / mais je fais beaucoup de sport / il faudra vous mettre au piano... et bien sûr porter des chaussures orthopédiques, voici l'adresse du fournisseur / pour longtemps ? / toute votre vie... Là encore, gardons les élucubrations déontologiques d'Hippocrate pour les étudiants ; et que dire du degré de conscience et de responsabilité d'une autorité académique qui bouche ainsi tant d'horizons à un jeune de 20 ans... Rien de significatif à dire ici sur le 3è, si ce n'est que j'ai continué à refuser les réponses techniquement intéressantes mais totalement inopérantes en regard de l'objectif fondamental qui était de soigner la bête. Le 4è, en diagnostiquant une spondylarthrite ankylosante, n'est coupable que d'une belle erreur avec pour seules conséquences quelques insomnies angoissées ou l'attaque de mon estomac par la phénylbutazone prescrite inutilement ; consolons-nous en notant qu'il a eu le mérite d'assumer son erreur au point de signer certificats et démarches pour que je sois dispensé de service militaire ! Peu emballé par ce diagnostic... et peu convaincu par les résultats de la thérapie, j'ai cherché et trouvé un homme de l'art ayant fait sa thèse sur la fameuse spondylarthrite. Double récompense, même s'il n'a pas réglé le problème lui-même : 1) il a confirmé que mes symptômes étaient aux antipodes de ceux de la spondy chérie et qu'il fallait arrêter le traitement, donc ses dégâts ; 2) à toutes fins utiles il a prescrit quelques mouvements de gymnastique quotidienne qui, bien longtemps après, continuent à me profiter... Persévérer : là comme ailleurs, 100 % des gagnants ont tenté leur chance... Là encore, certains enseignements peuvent être utilement transposés dans d'autres situations...


Le généraliste, lui, a certes pris en compte les antécédents mais a ouvert le jeu : même un patient fiché comme multirécidiviste du mal de dos est susceptible d'avoir mal ailleurs ! Zoom arrière : où est le "réel" ?En résumé, il est humain de se placer dans une ornière dont il est ensuite difficile de s'extraire, avec souvent pour conséquences des résultats douteux, un faible rendement (Le management serait plus efficace s'il se souciait moins de son efficience ! cf. efficience/efficacité), des retombées collatérales pas toujours bénéfiques... et c'est une des raisons qui font qu'on en vient, souvent de façon imperceptible, à pédaler à côté du vélo (Trop de techniques, pas assez de méthode cf. managers débordés). C'est humain, mais pas nécessairement souhaitable... (Tomber n'est ni honteux ni dangereux. Rester par terre... cf. Adenauer). D'où l'importance du B.A.BA méthodologique qu'illustre mon petit conte en images (Zoom arrière : où est le "réel" ? cf. Zoom arrière pour un autre regard... >) : observer, prendre du recul, prendre de la hauteur, être attentif aux signaux faibles, changer le champ d'observation, etc.

Plus les situations sont complexes, plus cette rigueur méthodologique élémentaire s'impose. Or les situations ne se privent pas de se complexifier ! Et l'on retrouve les trois qualités de base du manager de ce début de IIIè millénaire :
1/ ouverture interdisciplinaire, maîtrise de la complexité, transversalité des compétences...
2/ ouverture aux autres, interculturalité, écoute, empathie...
3/ ouverture à de nouveaux champs d'investigation, imagination, créativité...


Ce qui nous ramène aux problématiques centrales de la recherche, sur lesquelles nous reviendrons, et aux aptitudes et attitudes corollaires pour voir loin, large et autrement :

- Cherchez et vous trouverez -> motivation, foi, persévérance...

- C'est en cherchant sans trouver qu'on trouve sans chercher

-> curiosité, ouverture, expérimentation...

- Quand on ne sait pas ce qu'on cherche, on ne comprend pas ce qu'on trouve

-> vision/finalités, culture...

- Quand on se limite à ce qu'on cherche, on ne trouve que ce qu'on connaît

-> méthode...

Rien de tout cela ne relève du hasard (Le hasard profite aux esprits préparés cf. Pasteur) ;
c'est une affaire de professionnalisme, ça se cultive !


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