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La possibilité que la sphère des humanités s'ouvre au modèle darwinien n'est pas nouvelle. Sans remonter à Démocrite, on la trouve chez le biochimiste Jacques Monod, dans Le hasard et la nécessité. La notion de monde des idées (noosphère) a été introduite par l'anthropologue Pierre Teilhard de Chardin. AlanTuring et Johannes Von Neumann, pères de l'informatique moderne, ont envisagé que les lois de la vie s'appliquent aussi à des machines ou créatures purement faites d'information. L'épistémologie évolutionnaire de Friedrich Von Hayek en est une autre illustration. D'autres parentés sont schématisées dans la carte ci-dessous.

De façon empirique, au quotidien, on peut observer la séparation du fait humain d'avec la nature, ainsi que son accélération : agriculture, urbanisation et autres activités sont visibles de l'espace, émissions de radio et autres expressions y sont audibles ; nos traces sont partout, livres, codes de lois, arts, technologies, religions… Est-ce l'homme qui a propulsé la culture ou celle-ci qui l'a tiré hors de son origine animale ?

En fait, grâce à ses outils, l'homme a favorisé une évolution combinée, un partenariat, un entraînement mutuel entre le biologique et le culturel. André Leroi-Gourhan raconte la co-évolution de l'outil, du langage et de la morphologie. Claude Lévi-Strauss parle de l'autonomie de l'organisation culturelle, par-delà les différences ethniques. Emile Durkheim revendique l'irréductibilité du fait social à la biologie. Parallèlement, l'observation des sociétés animales démontre que la nature produit des phénomènes collectifs, abstraits, allant bien au-delà des corps.

Selon certaines extensions radicales de la sociobiologie à l'homme, l'ensemble de nos capacités seraient codées génétiquement, donc toute pratique culturelle comme l'architecture, le droit, l'économie ou l'art ne serait qu'un phénotype étendu de l'homme. La réduction des comportements à leurs avantages évolutionnaires biologiques s'est atténuée. Le cerveau est modulaire, le schéma général de ses modules est inscrit dans les gènes, mais on a eu du mal à admettre que leur construction puisse se faire sur la base de flux cognitifs, d'apports d'expériences.

Il y a des façons d'agir ou de penser qui au fil du temps ont contribué à la survie de ceux qui étaient naturellement aptes à les pratiquer : la peur du noir, la capacité de déguiser ses motivations, le désir de paraître riche ; ou plus subtilement la tendance à croire à une continuation de la vie après la mort, à une providence qui aide, à une vie dans l'invisible ; ou même le réflexe intellectuel consistant à supposer un but à toute chose. Mais il existe des idées, des modes de vie, des techniques, bref des éléments de culture indépendants de l'ADN, qui se transmettent par des moyens non génétiques, en particulier par l'imitation : c'est la thèse de Susan Blackmore, pour qui, entre ces mèmes en compétition, la sélection se fait en fonction de leur "intérêt propre" et non de celui des gènes.

Quelques énoncés pré-mémétiques

La vérité comporte toujours une part d'indécidable (Gödel) et dépend de l'observateur (Heisenberg ; Einstein).

La singularité est au cœur du vivant (Poincaré, Turing, Thom).

La notion de vivant ne s'applique pas forcément uniquement à des créatures de chair mais aussi à des machines, des organisations et des idées (Monod, De Rosnay, Von Neumann).

La nature est une machine (toute la biologie, depuis les Grecs).

Certains processus consomment effectivement des ressources, et sont dès lors soumis à une contrainte de partage (Malthus).

La sélection dans un système de contraintes retient la variante la plus apte (Darwin).

Les flux précèdent les structures. Les propriétés d'un système émergent à partir des flux qui le traversent (Prigogine, Atlan).

L'usage précède le sens. La règle naît de la répétition (Wittgenstein).

Le connaissable est codable : une règle n'est jamais faite pour être appliquée une seule fois (Wittgenstein, Malinowski). Pour être connue, une chose doit avoir au moins été pensée deux fois (J. Krisnamurti).

Des idées voyagent, existent entre les hommes et indépendamment de ceux-ci (Platon, Morin, Stengers, Popper).

L'architecture symbolique de l'imaginaire découle d'une expérience de la nature commune et accumulée (Bachelard, Eliade, Durand).

L'histoire de l'humanité est une histoire de conflits, de révolutions, de basculements. (Bachelard, Kuhn, Marx).

Le cerveau de l'homme est génétiquement fait pour comprendre les règles de grammaire (Chomsky).

La spécificité de l'humain n'est pas réductible à la génétique (Durkheim, Gould).

L'idée, le mot, le geste et l'outil font partie du même processus d'hominisation (Lévy-Strauss, Leroi-Gourhan).

Le moi est une illusion. Le théâtre intérieur de Descartes n'existe pas. La décision est un arbitrage sous contrainte de temps (Minsky, Dennett, Tradition Bouddhiste).

Source : Pascal Jouxtel, Comment les systèmes pondent
Le Pommier, Paris, 2005

 

L'argument de Pascal Jouxtel s'inspire d'une formule de Luca Cavalli-Sforza : l'évolution naturelle de l'homme est terminée car tous les facteurs naturels de sélection sont sous contrôle culturel, Tout ce qui pourrait influencer la fécondité ou la mortalité infantile est maîtrisé ou dépend de facteurs géopolitiques, économiques ou religieux. En revanche, la culture continue à évoluer : lois, art, technologies, réseaux de communication, structures de pouvoir, systèmes de valeurs. Le grand changement, c'est que les mèmes évoluent pour leur propre compte, en exploitant le terrain constitué par les réseaux de cerveaux humains, mais indépendamment, et parfois au mépris des besoins de leurs hôtes biologiques.

"Ce sont des solutions mémétiquement évoluées qui sont aujourd'hui capables de breveter un génome. Il en va de même des religions et des systèmes politiques qui tuent. La plus majestueuse de toutes ces solutions s'appelle Internet, le cerveau global... Tout ce qui relie les humains est bon pour les mèmes. Il est logique, dans la même optique, de coder de façon de plus en plus digitalisée tous les modèles qui doivent être transmis, stockés et copiés. C'est ainsi que le monde se transforme de plus en plus en un vaste Leroy-Merlin culturel, au sein duquel il devient chaque jour plus facile de reproduire du prêt à penser, du prêt à vivre, du prêt à être. A mesure que l'on se familiarise avec l'hypothèse méméticienne, il devient évident qu'elle invite à un combat, à une résistance et à un dépassement. Elle nous montre que des modèles peuvent se reproduire dans le tissu social jusqu'à devenir dominants sans avoir une quelconque valeur de vérité ou d'humanité. Elle nous pose des questions comme : que valent nos certitudes ? De quel droit pouvons-nous imposer nos convictions et notre façon de vivre ?... Comment puis-je dire que je pense ?" (P. Jouxtel, www.memetique.org). Et bien sûr : comment les systèmes pondent-ils ?

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Sommaire et liens
Introduction
1 - La mémétique, c'est sérieux !
2 - Rester dans le jeu, jouer à côté ou agir sur le jeu ?
3 - D'autres degrés sur la pyramide de Maslow ?
4 - Quand ce dont on parle n'est pas ce dont il s'agit...
Encadré 1 : Aux origines de la mémétique


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