-> algoric.eu... > Articles > Feuilleton : Jean-Pierre Quentin / 3 nœuds - liaisons dangereuses ou unions libres ? Sommaire . liens
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1a. La convergence numérique, des tiques aux TIC -> 1. Convergence de techniques, foisonnement d'usages...

Flash-back. La scène se passe en 1978, au 61 rue des Belles Feuilles, siège parisien de la Commission européenne où je dirige le service des relations avec les entreprises. Je reçois André Danzin, Président du CERD, le Comité Européen de Recherche et Développement. Avec vingt autres scientifiques et dirigeants de centres de recherches européens publics ou privés, il prépare un rapport pour aider la Communauté européenne à élaborer une politique scientifique et technique. Quant à moi, bien que très intéressé par ces questions, je ne les connais qu'en autodidacte pur fruit d'un système éducatif spécialisé et cloisonné : -> Une pédagogie de la complexité et du changement s'impose...mes compétences académiques étant dans les sciences humaines, je n'ai pas à connaître ou comprendre la physique ou les mathématiques ! Ce qui ne m'empêche pas de faire mon miel des apports passionnants que propose mon interlocuteur.

Un des sujets que nous abordons est lié à l'essor de ce qu'on appelle alors les tiques - bureautique, robotique, télématique, domotique… - notions très actuelles en cette année de publication du rapport Nora-Minc sur l'informatisation de la société. Bien que reformulé avec les mots d'aujourd'hui et le souci de "faire simple", il faut voir ce que le propos peut avoir de novateur dans le contexte de l'époque et réaliser toutes les ouvertures qu'il esquisse ; pour ma part, je me trouve soudain projeté dans un 3è millénaire à la fois réaliste et complètement fou ! Réaliste parce que tout est déjà en place ; fou, car cela annonce un environnement quotidien digne de la science-fiction.

-> La vraie vie est comme une page web...Première étape, prenez par exemple une machine à écrire traditionnelle, purement mécanique, comme celles qu'on ne voit plus que dans les films, utilisées exclusivement, dans une grande confraternité dactylographique, par des policiers, des journalistes et des écrivains. Introduisez des innovations permises par l'électricité : vous allez faciliter et accélérer la frappe, voire même améliorer sensiblement la présentation, grâce à des apports de l'électromécanique, par exemple le système à boules qui permet de changer de police de caractères en cours de frappe. Ces évolutions, à l'époque, on les connaît depuis plusieurs années (sauf nos personnages de cinéma). Elles sont intéressantes, mais sans commune mesure avec ce que commence à permettre l'électronique, comme la mise en mémoire du texte ou l'automatisation de certaines fonctions - désormais, chaque fois que vous ferez un copier-coller, essayez d'imaginer ce qu'on pouvait être malheureux avant l'invention du traitement de texte ! Là, le changement n'est plus en continuité mais en rupture, il ne s'agit plus d'évolution mais de révolution.

De même, prenez une machine à calculer et comparez-la à ce que permet le moindre tableur bientôt disponible sur tout ordinateur, lui-même diffusé de plus en plus largement… Ou prenez un fichier d'adresses, de références produits ou de recettes de cuisine et confrontez ses performances à celles du gestionnaire de bases de données qui tourne sur ce même ordinateur. Même chose avec l'agenda, devenu électronique. Prenez un téléphone à cadran et, rien que dans les fonctions de stricte téléphonie, comparez ses performances à celles d'un téléphone à fréquence vocale : qualité acoustique, précision de la numérotation, services complémentaires comme le transfert d'appel ou la messagerie vocale… -> Plus, mieux et autrement...Prenez une montre ou une machine-outil, bientôt aussi un disque audio ou un magnétophone, un appareil photo (image fixe) ou une caméra (image animée), un téléviseur ou un magnétoscope, un appareil ménager, les équipements d'une voiture, etc. : pour chacun d'eux, le passage de sa version analogique à sa version numérique représente une rupture. Ne se bornant plus simplement à faire plus ou mieux, le numérique permet par surcroît de faire autre chose et de le faire autrement. Et ce n'est que la première étape ("numérique")…

 
De la calèche au GPS
Les effets de la convergence numérique ne se limitent bien sûr pas à ce qu'on fait avec un ordinateur ou un appareil hi-fi. Ainsi, après avoir été totalement mécanique puis largement électronique, l'automobile devient très systémique. Avec tout ce que cela implique pour les utilisateurs, qui dépendent de systèmes de plus en plus nombreux et complexes, dont ils attendent de plus en plus de fiabilité... >>>
Voir http://www.algoric.eu/nc/caleche.htm

Deuxième étape ("convergence"), combinez plusieurs de ces ressources, par exemple celles dont on se sert au bureau. Et comparez : d'un côté la machine à écrire, la caisse enregistreuse, le fichier mécanographique et l'agenda individuel sur papier, de l'autre leurs homologues électroniques. Miracle, on peut les faire travailler ensemble ! Les données du tableur iront directement trouver leur place dans le rapport saisi en traitement de texte, lui-même automatiquement adressé aux destinataires identifiés en base de données et concernés par la réunion fixée en connectant leurs agendas électroniques respectifs… Une telle prouesse méritait bien un nom : ainsi est née la bureautique. Reliez le tout au monde extérieur par une ligne téléphonique et vous pourrez baptiser ce nouvel ensemble du nom mythique de télématique. Rapprochez-vous de l'atelier et vous engendrerez la robotique… Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Puisque l'image, elle aussi, s'est mise à l'heure numérique, il sera facile de l'intégrer dans le traitement de texte ou dans un une présentation visuelle, avec éventuellement un peu de son… et on pourra parler de multimédia ! Puisque tout se tient, jouons à saute-mouton d'un élément à l'autre et qualifions ces liens d'hypertexte. Il faudra ensuite donner à l'ensemble un nom générique - mais ça, c'est pour plus tard ! Ce sera d'abord NTI (nouvelles technologies de l'information), devenu NTIC (parce qu'il est beaucoup question de communication), puis TIC, une fois la nouveauté estompée - sans oublier diverses prothèses ou appropriations sectorielles, par exemple TICE si les TIC s'appliquent à l'enseignement...

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