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ça se complique : tout bouge, tout se tient

Ce qui précède conduit à un constat inexorable : ça change, tout bouge, tout se tient… De plus, cela se fait de plus en plus vite, avec toujours plus d'interconnexions, dans des ordres de grandeur qui dépassent toute mesure, de l'infiniment grand à l'infiniment petit… Dans ce chaos, pour ne rien simplifier, nous sommes bombardés d'informations modulaires qui nous contraignent à un zapping permanent. On apprécierait un peu d'ordre et de stabilité, qui favoriseraient les visions claires et les décisions sereines !

Et si la difficulté venait moins du désordre, du mouvement et de l'incertitude que de notre difficulté à les assumer, comme un avion ou un vélo qui voudrait rester en équilibre mais n'aurait pas l'idée d'avancer ? Tout se passe comme si les pieds étaient entrés dans le monde de l'incertain instable, la tête restant dans les paradigmes de l'ordre et des certitudes

Une étape visible de ce changement est probablement la "révolution de 1968", qui ne se limite pas aux aspects visibles des mouvements sociaux de l'époque. Beaucoup plus profondément, elle correspond à une remise en cause radicale de tout un ensemble de certitudes. Remise en cause qui ne semble pas encore totalement digérée...

Les expressions en sont nombreuses. Depuis le XVIIè siècle, la science donnait l'image d'un univers soumis à des déterminismes que l'on peut traduire en lois. A la fin des années 1970, Ilya Prigogine, Prix Nobel de chimie, vient ébranler ces belles certitudes : "un changement de perspective caractéristique de la seconde moitié du XXè siècle s'opère... Nous voyons partout des instabilités, des fluctuations, des bifurcations". Significatif : après les "savants", il n'y a soudain plus que des "chercheurs" ! Même chose dans les sciences du vivant - Le hasard et la nécessité de Jacques Monod traitait dès 1972 du mariage entre ordre et désordre. "Il n'existe pas une seule théorie qui ne soit morte. Les théories s'usent en se transformant en idéologie... La plasticité caractérise le vivant. Il faut savoir que l'on est définitivement dans le provisoire" (Boris Cyrulnik). Dans les sciences humaines, Edgar Morin symbolise la prise en compte de l'incertain : "connaître ou penser ne consiste pas à construire des systèmes sur des bases certaines ; c'est dialoguer avec l'incertitude". On peut voir aussi La Place du Désordre de Raymond Boudhon ou Le Désordre de Georges Ballandier. Et Peter Drucker, gourou américain du management, récupère la tendance avec sa théorie du chaos management.

Pour Jacques Lesourne - qui a contribué au débat avec L'économie de l'ordre et du désordre - il n'y a pas plus d'incertitude aujourd'hui qu'hier, mais l'absence d'un scénario dominant : "dans certaines périodes, la probabilité d'un scénario l'emporte énormément sur d'autres. C'était vrai dans les années 60. Ce ne l'était plus au tournant des années 70. Aujourd'hui, on se trouve à un moment où l'éventail des scénarios probables s'est de nouveau élargi". Le propos, de 1993, reste d'actualité.

Ce qui nous ramène à un autre décalage : les pieds dans la diversité et la relativité, la tête dans les paradigmes de l'homogénéité et de l'absolu

Les conséquences ne sont pas minces. En 1982 déjà, Jean Sérisé écrivait que "le discours politique, simple, absolu, qui ne fait jamais mention des contreparties, qui n'indique jamais qui paiera, qui ne va jamais jusqu'au bout, devra donc être revu. Il y faudra du temps. Ni les élus ni les citoyens ne sont prêts à tenir ou à entendre ce nouveau langage". Quel chemin a-t-on parcouru depuis ?

C'est probablement l'entreprise qui a le mieux intégré ces évolutions - ce qui n'est pas surprenant, car elle est soumise à une sanction : s'adapter ou périr. Il ne faut pas pour autant sombrer dans l'autosatisfaction, d'une part parce qu'il reste de vastes marges de progrès, d'autre part parce que certaines firmes sont à ce titre "plus égales que d'autres". Mais globalement, sous cette double réserve, l'entreprise a adapté son organisation et ses pratiques, en devenant écocentrée, en fonctionnant en réseaux, dans des systèmes d'alliances... En d'autres termes, elle a abandonné le modèle d'organisation sociale définie en référence à la structure, au profit du modèle d'organisation sociale en réseau, qui valorise la périphérie. Car la centralité définit l'ordre et le fait régner dans le cadre de la structure, alors que la périphérie critique l'ordre existant et recherche un nouveau sens par l'expérimentation et l'échange…

Au menu du livre Les pieds ici... la tête là ? - chapitre 4 :

 

a.  Des méta-tendances, pas simplement "méga" !

b.  Dans la relativité générale, les certitudes absolues n'ont plus cours

c.  Ailleurs, autre chose, autrement…

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