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GESTATION D'UNE IDEE :
La construction progressive de l'idée d'Europe


Partant d'une réalité géographique mal délimitée et d'une grande diversité physique, culturelle, politique ou économique, si l'Europe parvient à trouver une unité, c'est autour d'un dénominateur commun, "l'idée d'Europe", qui s'est construite progressivement et depuis longtemps dans l'esprit humain. Elle-même multiforme, elle a d'abord été un mythe, avant de devenir un concept diversement décliné, puis un projet ayant à son tour trouvé d'innombrables expressions.

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Des approches littéraires ou militaires aux discours politiques
 


Depuis le Moyen âge, le morcellement de l'Europe et ses incessantes guerres internes avaient été déplorés par des auteurs aussi illustres que le poète italien Dante, l'abbé de Saint-Pierre, le philosophe allemand Kant, le juriste suisse Bluntschli, le ministre français Sully et bien d'autres. L'Europe est ancrée dans les préoccupations littéraires depuis très longtemps : peut-être depuis ce beau matin de printemps où Jupiter, déguisé en taureau pour séduire la belle Europe, fille d'Agénor roi des Phéniciens, l'enleva pour l'aimer à l'ombre des platanes de l'île de Crête... C'est pour honorer la belle que le "père des dieux et des hommes" baptisa du nom d'Europe cette partie du monde.

Certains, tels Jules César, Charlemagne, Napoléon ou Hitler, ont eu de cette idée des approches particulièrement volontaristes, en tentant d'unifier l'Europe par le fer et le sang. D'autres, plus pacifiques, moins soucieux de convaincre par les armes que par des arguments - ou par de simples affirmations, voire des prophéties - ont organisé de larges réunions souvent baptisées congrès, prétextes à de chaleureuses déclarations de foi européenne, mais rarement suivies de mesures concrètes. Alors qu'il présidait le Congrès de la paix, en août 1848 à Paris, Victor Hugo a ainsi pu déclarer :

"Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, se sont fondues dans la France... Un jour viendra où l'on verra ces deux groupes immenses, les Etats-Unis d'Amérique, les Etats-Unis d'Europe, placés en face l'un de l'autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies..." (Victor Hugo, Douze discours, 1850).

Parmi les nombreuses réunions qui ont suivi figure en bonne place le Congrès paneuropéen réuni à Vienne en 1927, à l'initiative du comte Coudenhove-Kalergi, dont le manifeste final, adopté dans l'enthousiasme, déclarait :

"La communauté des intérêts pave le chemin qui mène à la communauté politique. La question européenne, la voici : 'Est-il possible que sur la petite presqu'île européenne vingt-cinq Etats vivent côte à côte dans l'anarchie internationale sans qu'un pareil état de choses conduise à la plus terrible catastrophe politique, économique et culturelle ?' L'avenir de l'Europe dépend de la réponse qui sera donnée à cette question. Il est donc entre les mains des Européens. Vivant dans des Etats démocratiques, nous sommes coresponsables de la politique de nos gouvernements. Nous n'avons pas le droit de nous borner à la critique, nous avons le devoir de contribuer à l'élaboration de nos destins politiques..."

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Le difficile passage de l'idée politique à l'engagement effectif
 


On assiste alors à la multiplication des discours et déclarations d'hommes politiques appelant de leurs vœux telle ou telle forme d'union européenne. Leurs auteurs sont en général chaleureusement applaudis... à condition de ne proposer aucun engagement précis. L'expérience d'Aristide Briand est à cet égard significative : comme ministre français des Affaires étrangères il a prononcé en 1929 devant l'Assemblée de la Société des Nations (SDN, ancêtre de l'actuelle Organisation des Nations Unies, ONU) un discours très apprécié proposant, au nom du gouvernement français, un vaste projet d'Union européenne. Le 1er mai 1930, encouragé par son succès, Briand soumit à cette même assemblée un mémorandum précisant cette première proposition gouvernementale d'instauration d'une confédération européenne. L'accueil fut beaucoup plus réservé, comme en témoigne cet extrait de la réponse de la Grande-Bretagne :

"A l'égard toutefois des méthodes proposées par le gouvernement français pour la réalisation de son dessein, le gouvernement de Sa Majesté dans le Royaume-Uni éprouve plus de difficultés. Il n'est pas convaincu qu'un examen poursuivi en toute connaissance de cause montrera que l'établissement d'institutions internationales nouvelles et indépendantes soit nécessaire ou désirable. En dehors de ce problème très difficile de la coordination, le gouvernement de Sa Majesté dans le Royaume-Uni estime possible qu'une Union européenne exclusive et indépendante de la nature qui est proposée accentue ou suscite des tendances à des rivalités et des hostilités intercontinentales qu'il importe, dans l'intérêt général, de diminuer ou d'éviter. Il apparaîtra certainement au gouvernement français qu'il existe à cet égard des considérations particulières dont le gouvernement de Sa Majesté dans le Royaume-Uni en sa qualité de membre du British Commonwealth doit tenir compte..."

Après la deuxième guerre mondiale, à la fin des années 40, plusieurs organisations internationales ont été constituées à l'échelon européen, en vue de développer la coopération entre les Etats, non seulement afin de réparer les désastres causés par le conflit et reconstruire l'Europe, mais aussi pour éviter que puisse se reproduire ce que certains ont appelé une "guerre civile européenne" : Conseil de l'Europe, Organisation Européenne de Coopération Economique, Union de l'Europe occidentale. Si ces organismes "de coopération" étaient encore loin de ce que seraient quelques années plus tard des organisations "d'intégration" comme les Communautés européennes puis l'Union européenne, ils constituaient malgré tout un progrès important dans le processus historique d'évolution des institutions internationales.

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(c) Jean-Pierre Quentin . www.algoric.com