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Langage "en principe commun", l'espéranto n'est pas "simplifié"...



Les situations interculturelles se développent, dans un univers où tout repose sur l'échange, les rencontres, le brassage... et où les interlocuteurs se multiplient. La communication s'adapte et peut prendre bien des formes, entre deux réponses extrêmes : le multilinguisme, supposé permettre de "parler son langage" avec chacun, et l'espéranto, langage simplifié mais unique, en principe commun, supposé permettre de "parler le même langage" avec tous. L'équilibre est à trouver dans un subtil dosage...

Ayant repris dans une récente chronique (Polyglotte ou volapük ?) ce thème que j'avais développé autrefois ("Négociation" interculturelle...), je me suis attiré une importante correspondance tendant à souligner une imprécision coupable dans ma formulation : le mot "simplifié" est inapproprié - merci aux esprits tolérants de bien vouloir m'absoudre pour ce péché que je confesse ! Tout le reste est acceptable - ce qui n'empêche pas certains de jeter le bébé avec l'eau du bain... Quelques extraits de ces échanges, jugés utiles (fond) et acceptables (forme), pertinents et corrects -> éthique et étiquette..., sont reproduits ici... (oct.-nov. 2004)

Mr A :
Sous l'adresse http://perso.wanadoo.fr/algoric/com/ti/91.htm vous avez écrit : << Comme le volapük ou l'espéranto : le langage est simplifié à l'extrême pour que tous se comprennent sur quelques notions élémentaires. >> J'ai visité plusieurs sites sur cette langue "espéranto" et sa grammaire et son vocabulaire. J'ai trouvé une grammaire plus complexe que le français et l'allemand (qui est ma langue maternelle) ensemble. J'ai trouvé qu'on peux composer les mots (comme on le fait en allemand, de façon réduite, avec des préfixes et suffixes) et que le nombre de mots (ainsi composables) me semble bien supérieur qu'en français et en allemand.
Sur le "volapük" il y a trop peu de sites.
Ou avez-vous trouvé l'information que "...l'espéranto est simplifié à l'extrême..." ?

Sur l'espéranto, je crains que vous mettiez cruellement le doigt sur un des trop nombreux gouffres de ma "culture" ! Soyons clair : je n'ai trouvé nulle part que "l'espéranto est simplifié à l'extrême" et, s'il s'agit d'une erreur factuelle, j'en suis sincèrement désolé et vous remercie pour cette importante rectification dont je ne manquerai pas de tenir compte à l'avenir.

Quant au fond, il ne vous aura pas échappé que, dans mon propos, la référence à ces langues "universelles" n'avait de sens qu'allégorique, dans une démarche analogique : il ne s'agissait pas de disserter sur ces langues mais, en m'appuyant sur cette image, d'opposer une démarche de type "gommons les différences, faisons tous la même chose, parlons tous le même langage" à une démarche de type "respectons les différences, chacun son truc, quitte à devoir multiplier à l'infini les passerelles pour arriver à communiquer" - le sens du propos étant d'inviter à trouver de subtils équilibres entre ces attitudes extrêmes. Mon ignorance de l'espéranto et du volapük a pu me conduire à employer à leur sujet des formulations inappropriées, c'est donc bien volontiers que je m'en repens très humblement, mais fondamentalement ceci n'affecte en rien mon propos initial.

Sur la complexité à laquelle vous vous référez, je mettrais volontiers à contribution vos connaissances linguistiques pour préciser un point : la structure de l'espéranto relève-t-elle réellement d'une forme avancée de complexité (richesse, foisonnement, etc. maîtrisés) ou d'une forme plus dégradée de complication (foisonnement désordonné générateur de confusion) ? La question n'est pas anodine, car dans le premier cas l'espéranto serait non seulement un vecteur de communication, mais aussi un précieux instrument au service de l'approche plus fine d'une complexité croissante (... à supposer par ailleurs qu'il soit universellement accepté et utilisé !) ; sinon, il serait coupable d'ajouter à une confusion déjà bien nourrie... JPQ


Mr A
Oui, malheureusement on parle souvent de choses, dont on n'a pas assez de connaissance.
J'avais bien senti que vous n'étiez pas directement contre ces langues et que vous aviez repris ce que vous avez entendu dire "quelque part".

Je pense qu'il ne faut pas nommer ces langues "universelles" car elles ne veulent pas remplacer/supplanter les autres langues, mais servir d'intermédiaire ENTRE les NATIONS ce que veut dire le mot INTER-NATION-al. Donc ces sont des langues plutôt internationales avec la différence que le völapük (völ-a-pük = world-s-speak) n'a jamais été parlé et que ses premiers intéressés se sont à majorité converti, vers 1887, en espérantistes dont la langue est plus facile. Ces langues sont une langue étrangère pour chaqu'un qui la parle, on se sent à pied égal avec tous les autres ; il n'y a donc pas habitants de type UK+US qui ont un avantage sur tous les autres dont la langue maternelle n'est pas l'anglais.

Vous avez raison, il faut s'opposer à une démarche de type "gommons les différences, faisons tous la même chose, parlons tous le même langage", mais l'Espéranto ne gomme pas les différences, mais les absorbe, les intègre, de telle façon, que chaque pays peut apporter sa culture et ainsi enrichir la culture espérantiste est espérantophone. Grâce à sa flexibilité, on peut traduire des textes français ou allemands en Esperanto de telle façon que la traduction soit très proche à l'original ; pour ainsi plus ou moins garder les expressions telles comme dans la langue d'origine ; ainsi l'oeil expérimenté peut reconnaitre la langue d'origine (par exemple) d'un poème.

>> la structure de l'espéranto relève-t-elle réellement d'une forme avancée de complexité (richesse, foisonnement, etc. maîtrisés) ou d'une forme plus dégradée de complication (foisonnement désordonné générateur de confusion) ?
Créer une nouvelle langue n'aurais pas de sens si elle n'étiez pas meilleure (vu par un oeil neutre) que les langue existentes dites "naturelles" de nos nations. L'espéranto est plus complexe car elle reprend/reproduit/recopie les moyens d'expressions des langues existantes (et devient ainsi plus complexe qu'une seule langue naturelle), mais elle enleve (quasiment) tous les irréguliarités des langues naturelles (et devient ainsi 10 fois plus facile qu'une seule langue naturelle). En plus, appartenan aux peuples latins, vous avez l'impression que c'est une langue d'un pays voisin. Lire l'article d'un ancien interprète à l'ONU, devenu psychologue suisse : http://www.geocities.com/c_piron/LangueOccidentale.html
Le meilleur moyen de me comprendre est d'en apprendre le début : http://ikurso.esperanto-jeunes.org/.

Merci pour ces précisions très intéressantes et pour vos appréciations, auxquelles je souscris assez largement - la principale réserve étant liée au fait que, comme tout vecteur de communication, une langue internationale ne remplira réellement sa fonction que lorsqu'elle sera utilisée à une échelle significative. Tant que ce n'est pas le cas, elle relève de l'utopie. J'aime beaucoup les utopies, je pense qu'il en faut - et si personne n'y croyait, aucune d'elles ne pourrait contribuer un jour à changer la vie ! Mais, tant qu'elles n'auront pas changé de statut, il faut les traiter comme telles, et non comme si elles étaient des vecteurs de communication effectifs, dont l'usage est largement répandu...

Au plan de la méthode, je souscris à votre appréciation selon laquelle on parle trop souvent de choses qu'on ne connaît pas - et à votre condamnation de cette pratique (bien que cette prise de position reste implicite, ce à quoi je ne souscris pas !) - mais je rappelle que je n'ai en aucune façon voulu parler de langues internationales : j'ai simplement eu recours à une illustration allégorique de mon propos, dans une démarche analogique destinée, par souci pédagogique, à exprimer simplement quelques notions complexes. Quand "le sage montre la lune", il est préférable d'éviter de "regarder son doigt" : dans cette nouvelle analogie, la lune est l'ouverture interculturelle que je voulais promouvoir, le doigt est la référence aux langues internationales, détour pédagogique au service de mon message ; j'aurais le sentiment qu'on ignore mon intention et qu'on dénature mon propos (donc qu'on rejette ma démarche de communication) si l'on me "répondait" sur la forme de la lune ou la taille du doigt... :) JPQ

Mr A
Merci encore de votre réaction intéresante. Comme vous aimez beaucoup les utopies, alors l'Espéranto serait pour vous meilleur moyen pour faire connaissance de milliers d'autres utopistes dans le monde entier pour lesquels l'Espéranto sert de communication effective, même si son usage n'est pas largement répandu...
Pour vous faire une idée de la dissémination, tapez le mot Esperanto dans la version espérantophone du moteur de recherche: http://www.google.com/intl/eo/ ce qui ramène plus d'un millions de résultats, ou encore 660 occurrence pour le mot "multlingvismo".

Merci pour ces précisions intéressantes. "Pas largement répandu" : certes, mais il faut un commencement à tout ! JPQ

Mme B
Suite à un petit tour chez Algoric.com, et en particulier à votre page sur la "négociation interculturelle", soustitrée "Multilinguisme ou Espéranto", j'en reviens avec une opinion mitigée, d'intérêt mélé d'insatisfaction.
En effet, je crois bien saisir la problèmatique exposée : diversité extrème des interlocuteurs, et donc nécessité d'adapter continuellement son discours et sa manière d''être, démarche assimilée au multilinguisme, en opposition avec un langage unique, supposé s'adapter à toutes les situations, mais inefficace en réalité. Par contre, je ne vois pas du tout ce que vient faire l'espéranto dans cette histoire. S'il faut accoller le nom d'une langue, aux termes "réducteur", "simplifié à l'extrème" ou "langage unique", le premièr qui me vient à l'idée est le "globish", cette sorte de petit nègre à base d'anglais que tout le monde est maintenant sencé maîtriser. (Et dire que c'est cet "anglais de communication" que monsieur Thélot prétend inculquer à tous les écoliers français ! Navrant et intolérable !)
Pour ce qui est de la langue internationale espéranto, la pratique que j'en ai (depuis 10 ans), la richesse des contacts qu'elle me permet et la facilité de communication qu'elle procure chaque jour à des milliers de personnes des cultures les plus diverses, m'inciteraient plutôt à y trouver la réponse parfaite, à la recherche du "subtil équilibre" que vous invoquez dans ce paragraphe :
"...Recherche permanente de l'ouverture sur trois dimensions.
La dimension "objective" : l'élévation du niveau d'autonomie et de rigueur, pour mieux interagir avec un environnement de plus en plus complexe et mouvant.
La dimension "subjective" : l'élévation du niveau de curiosité et de créativité, pour oser aller au différent, expérimenter, innover…
La dimension "relationnelle" : l'élévation du niveau de responsabilité et de solidarité, pour mieux travailler avec d'autres.

J'avais pensé, dans ce message, comparer l'espéranto au caméléon, pour sa faculté d'adaptation aux différents états d'esprit liés aux diverses cultures, ainsi que pour son efficacité et sa précision. Mais je viens de trouver dans vos propres pages, une métaphore tout aussi appropriée :
" L'arc-en-ciel, c'est d'abord un pont qui relie des points très éloignés ; tel le sagittaire, il associe pragmatisme et hauteur de vue ;... son image est celle d'une expression toute en nuances ;... il ne se réduit ni à une juxtaposition d'éléments, ni à un mélange désordonné : sa nature composite permet d'envisager de multiples combinatoires... "

Oui, l'espéranto, c'est exactement çà : la simplicité des éléments et la subtilité de leur mélange. À découvrir absolument, par exemple sur <http://esperanto-charente.org>, ou <http://esperanto-panorama.net>.

Merci beaucoup, non seulement pour vos encouragements, très appréciés, mais aussi pour ces précisions qui me paraissent tout à fait pertinentes et qui ont l'avantage d'être argumentées de façon subtile et précise : mon article a suscité quelques réactions dont l'idée générale était proche, mais la formulation parfois très éloignée d'une telle richesse. En particulier, vous distinguez clairement 3 niveaux de complexité, que vous traitez séparément tout en préservant leur cohérence : ce qui relève de l'espéranto (et de mon ignorance coupable à son sujet), ce qui relève de mon message (que vous reformulez de façon acceptable) et ce qui relève de mon utilisation allégorique de l'un dans un exercice de communication au service de l'autre (lequel exercice se ressent de l'ignorance ci-dessus mentionnée).

Donc, je fais bien volontiers amende honorable sur l'espéranto - mais il semble que vous soyez déjà avertie de ce que j'ai écrit à Mr A sur le sujet, donc je n'y reviens pas, sauf pour vous prier d'accepter mes excuses pour l'insatisfaction occasionnée contre mon intention. De plus, ce que vous dites de la bouillie globish - qui peut s'appliquer au moins en grande partie au "continental english" ! - traduit en effet beaucoup mieux mon intention allégorique.

Si, en retour, vous m'autorisez une suggestion, ce serait de remplacer, dans votre dernière phrase, "mélange" par "association" ou équivalent - car précisément il faut éviter de mélanger (sinon on fait du globish) afin de "dissocier pour intégrer", comme vous l'avez si bien fait dans les "3 niveaux" évoqués ci-dessus. Permettez-moi de me citer, ou plutôt de vous renvoyer à un autre de mes articles à ce sujet : http://www.algoric.com/ti/97.htm - il y est question d'irish coffee : inutile de me dire que j'aurais employé le terme "phases" au lieu de "couches", je le sais déjà ! Malheureusement, la pédagogie de la complexité suppose quelques approximations sur l'illustration afin de permettre au lecteur d'accéder à un niveau supérieur d'intelligence de ladite complexité : faudrait-il "l'embrouiller" avec des histoires de "phases du café irlandais" (ce qui le rendrait perplexe au lieu de l'éclairer), quand parler de ses "couches" permet de comprendre ? Donc renoncer à progresser sur ce terrain important, par seul souci d'une précision dans un champ annexe ? J'ai à dessein choisi "couche", considérant le café comme un "instrument" au sens fort (qui "permet d'effectuer des opérations d'un ordre supérieur"). De même pour l'espéranto : je suis très désolé d'avoir contrarié quelques adeptes, mais symétriquement satisfait que cette imprécision coupable ait permis à de nombreux lecteurs de progresser sur un autre champ, important lui aussi... mais à l'avenir, promis juré craché, je parlerai de globish, ce qui est plus satisfaisant à tous points de vue ! JPQ


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