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La société civile doit mesurer la portée de son implication croissante dans la gouvernance des affaires publiques ; le phénomène n'est pas nouveau, comme en témoigne cet extrait d'interview de 1992 (CRC-Actualités) ; il est temps d'en tirer les conséquences.

Jean-Pierre Quentin, pourquoi ce boom du lobbyisme ?

Le rôle croissant joué par la CEE explique largement ce phénomène, qui ne se limite pas à l'Europe : on constate la même chose en direction des collectivités territoriales, en raison notamment des lois de décentralisation, ainsi qu'en direction des Pouvoirs publics nationaux eux-mêmes. Plus généralement, c'est une réponse à des évolutions majeures telles que l'internationalisation et la complexité croissantes des affaires ; dans certains pays, à commencer par la France, la rapidité de son essor a été amplifiée par le retard accumulé du fait de traditions dirigistes - et catalysée par l'alternance politique. Plus fondamentalement encore, cet essor s'explique par l'évolution du Pouvoir telle que l'a décrite Toffler : après la force (forme primaire de pouvoir : menace, sanction négative) puis l'argent (forme plus évoluée qui ajoutait la récompense), le pouvoir réside aujourd'hui dans le savoir, l'information, la matière grise. C'est beaucoup plus complexe, subtil et délicat à manager... (n° 49) - et ceci explique que la communication en général, le lobbyisme en particulier, soient des tendances lourdes et non des modes passagères ! Actuellement, c'est en effet au niveau européen que ce boom est le plus manifeste, car les entreprises ont bien vu que "Bruxelles" prenait de plus en plus de décisions les concernant (collectivement, mais aussi individuellement) et ont compris la nécessité d'agir à ce niveau.

Cette technocratie bruxelloise semble assez inaccessible !

Il faut distinguer le système, assez "inaccessible" au sens où il est déroutant pour les non-initiés, des acteurs, très "accessibles" au sens où l'on établit très facilement le contact avec eux. Montesquieu, qui nous a familiarisés avec la séparation des Pouvoirs, serait effaré devant ce système où l'Exécutif est bicéphale, exerce l'essentiel des prérogatives du Législatif - tout en en transférant une partie au Judiciaire... Pour s'y retrouver, il faut un minimum de connaissance des lois européennes (règlements, directives...) et de leur processus de fabrication. Par contre, lorsqu'on connaît et comprend ces mécanismes de base, on réalise non seulement qu'il est facile de s'y insérer, mais surtout qu'il est nécessaire de le faire. Car les fonctionnaires et parlementaires européens considèrent que pour bien légiférer, ils doivent disposer du maximum d'informations sur les différents intérêts en cause (n° 99). Et si vous ne faites pas entendre votre point de vue, les autres - concurrents, consommateurs, écologistes, syndicats, etc. - eux, sauront présenter leurs arguments.

Que devient l'intérêt général dans cet affrontement d'intérêts particuliers ?

Les deux ne doivent pas nécessairement être opposés : il faut admettre que les intérêts particuliers participent à l'intérêt général (n° 126). Il n'y a problème que lorsque seule une partie des intérêts en cause a la possibilité de se faire entendre. D'où l'importance d'un système ouvert, où tous sont invités à s'exprimer - et où mettre davantage de moyens, crier plus fort que les autres ne procure pas un avantage décisif. Devant le développement du phénomène, il reste toutefois à régler la question d'un "code" de déontologie du lobbyisme, à l'étude dans différentes instances (publiques et privées).

A l'époque (1992), la composante argent du pouvoir semblait plus forte que la composante information. Ce rapport ayant beaucoup évolué, il ne suffit plus de se soucier de la puissance de l'argent mais aussi de l'influence de l'information, donc de la désinformation. Ceux qui ont les moyens de se faire entendre ne sont pas simplement ceux qui peuvent payer une communication efficace, mais ceux qui savent manipuler les vecteurs de communication. Quant à la notion de système ouvert, elle ne se réfère pas à une simple relation directe entre décideurs publics et société civile, mais à un ensemble d'interrelations dans un système où interfèrent les jeux et enjeux de nombreux acteurs, chacun étant simultanément ou tour à tour influenceur, influencé, prescripteur, relais...

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Sommaire et liens
Introduction
1 - Assumer les mutations
Encadré 1 : Féodal... national... et ensuite ?
Encadré 2 : Qu'est-ce que la société civile ?
Encadré 3 : Le sens de l'histoire...
Encadré 4 : Montesquieu outragé ?


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