algoric.eu > Biblio > Récents articles > La société civile dans la gouvernance européenne > Encadré 2 : version PDF

/... Qu'est-ce que la société civile ? -> Introduction...

Gageure : présenter en quelques lignes une notion qui prend ici ou là des sens très différents et qui a très fortement évolué dans le temps...

Depuis Aristote ou Cicéron jusqu'au siècle des Lumières, la société civile était une dimension de la société englobant et dominant toutes les autres. On aurait aussi bien pu employer le terme Etat. Le civisme est la prise en charge des devoirs de citoyen par les membres de la société civile. Au Moyen-Âge s'ajoute la connotation laïque qui l'oppose à la société religieuse.

Retournement total vers 1750 : dans la pensée libérale de la bourgeoisie conquérante, cette notion désigne un espace social autonome par rapport à la sphère politique : celui de la vie privée et du marché. La vertu morale et sociale associée n'est plus le civisme mais la civilité : bonnes manières, douceur des mœurs dans les relations sociales. Pour le libéralisme, c'est le lieu de la liberté individuelle et de l'association contractuelle ; pour le socialisme, c'est le symbole de la division des classes et des rapports de domination.

Au XIXè siècle, Tocqueville, Durkheim ou Weber tentent de dépasser cette double opposition, d'une part entre versions antique-médiévale et moderne-bourgeoise, d'autre part au sein de celle-ci entre versions libérale et socialiste, à partir de quelques grands axes :

  • la société civile est un niveau social autonome tant vis à vis de l'Etat que de la sphère familiale ; elle se compose d'un réseau d'institutions plus ou moins formalisées qui, par leurs multiples fonctions (économiques, sociales, culturelles, religieuses...), jouent un rôle déterminant dans les processus d'intégration sociale ;

  • décidée sur une base volontaire, l'appartenance à ces institutions ne relève ni d'une obligation politique, ni d'une supposée appartenance à une quelconque communauté ;

  • la société civile est un lieu de formation de la volonté collective et de représentation des citoyens : le discours démocratique ne pourrait se constituer sans la médiation de ces corps intermédiaires entre l'individu et l'Etat ;

  • elle est structurée par le droit, avec pour armature normative les principes démocratiques de respect de la vie privée, libertés d'expression et d'association... Indépendante de l'Etat, elle n'est pas un lieu sans droit ;

  • elle crée un espace de subsidiarité, au sens de ce concept qui ouvre la possibilité d'instituer des niveaux de pouvoir autonomes par rapport à l'Etat, mais reconnus par lui.

Selon le Comité Economique et Social Européen (avis du 22/9/99, www.esc.int), c'est "un concept global désignant toutes les formes d'action sociale d'individus ou de groupes qui n'émanent pas de l'Etat et qui ne sont pas dirigées par lui" ; "concept dynamique, décrivant à la fois une situation et une action", ce "modèle participatif... présente également l'avantage de renforcer la confiance dans le système démocratique, développant ainsi un climat plus positif pour les réformes et les innovations". C'est "un processus culturel", la culture étant définie comme "système de valeurs à respecter par les membres d'une société" (n° 91, 100). Quelques éléments de ce processus :

  • pluralisme, volonté permanente de consensus, respect des principes de tolérance et de volontariat...

  • autonomie d'institutions garantes de droits et valeurs ne devant pas être exclusivement garantis par l'Etat ;

  • visibilité, notamment politique, assurée par des structures de communication proches de la base ;

  • participation aux processus publics de communication ou d'action et représentation commune du bien collectif, à côté et en complément des mandats politiques ;

  • éducation, qui ne saurait en aucun cas relever uniquement d'une politique de l'Etat ;

  • responsabilité, une communauté solidaire n'étant pas uniquement attachée à l'exercice de droits individuels, ces droits étant articulés à des devoirs vis à vis du bien commun ;

  • subsidiarité : le niveau inférieur possède une primauté de principe (légitimité) ; le niveau supérieur n'intervient que lorsque le niveau inférieur ne peut maîtriser la situation (efficacité).

Suite .../


>> Télécharger le PDF imprimable (sur www.jp-quentin.net)

Sommaire et liens
Introduction
1 - Assumer les mutations
Encadré 1 : Féodal... national... et ensuite ?
Encadré 2 : Qu'est-ce que la société civile ?
Encadré 3 : Le sens de l'histoire...
Encadré 4 : Montesquieu outragé ?


-> Actuellement disponibles...
Voir aussi...
>>> liste des récents articles
>>> d'autres développements en version imprimable
-> Bibliographie de Jean-Pierre Quentin...  

Les questions abordées ici en termes généraux ont des traductions opérationnelles
et des applications pratiques dans des actions d'accompagnement (conseil, formation, coaching)
élaborées et mises en œuvre avec nos partenaires >>> contactez-nous !
algoric, catalyseur d'intelligence . (c) Jean-Pierre Quentin . www.algoric.eu . www.jp-quentin.net
Accueil Algoric Prestations Références Publications Thèmes Autre regard Globs Lettre