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Certains métissages restent simples
: ici un croisement entre a et b donnera M, là c et d
produiront N. On pourrait en rester là. On peut aussi
imaginer des croisements à l'infini, en multipliant les
rencontres entre sources différentes (convergence) ou
en diversifiant leurs applications (foisonnement). En ajoutant
des paramètres, comme dans une société
post- ou hyper-moderne, on peut fabriquer de
la complexité très élaborée ou de
la complication pur sucre (n° 114).
C'est à dire une complexité maîtrisée
(ses composants sont identifiés, hiérarchisés
et organisés dans un ensemble cohérent orienté
vers des finalités explicitées) ou une complication
débridée (confusion et anarchie : on mélange
tout dans une bouillasse immonde, n° 97).
Pour privilégier la première voie, il faut mettre
de l'ordre, par exemple en s'inspirant de la façon dont
un fleuve fédère ruisseaux et rivières
avant de diversifier les bras de son delta...
L'exemple de la musique éclaire bien
ce processus. Celui du multimédia, en diversifiant les
ingrédients, montre à quel point on peut élargir
le champ et illustre la nécessité de comprendre
quelques données structurantes pour "rester dans
le jeu". Ensuite - mais quelques lignes n'y suffiraient
pas - il faut appliquer la démarche à toute situation
économique, sociale ou politique...
Musique : un regard "topographique"
verra dans le jazz une musique d'Amérique du Nord (même
s'il vient du blues des esclaves arrivés d'Afrique) ou
dans l'afro-cubain une musique d'Amérique centrale (...
qui mixe des sources africaines, hispaniques et autres, dont
le menuet français). Un autre regard,
partant des flux, représentera la musique dans
son arborescence : racines convergentes et branches foisonnantes.
Le blues devenu jazz rencontre le country des cow-boys, ils
engendrent le rock, avec aussi divers métissages latino,
etc. Cette approche catégorielle permet d'accommoder
sur le détail des variations ou d'en prendre une vue
d'ensemble, d'anticiper des développements significatifs,
de construire sur des bases structurées (de même
que pour bâtir une maison on ne se contente pas d'empiler
en vrac des pierres, des tuyaux, des vitres, des câbles
et de la peinture ),
permettant divers traitements selon l'optique choisie. Ainsi,
hors considérations artistiques, on pourrait privilégier
une optique marketing et fabriquer une world music par
sélection de quelques racines dominantes et lissage du
foisonnement - encéphalogramme plat qui produit parfois
d'excellentes musiques d'ascenseur. A l'opposé, combinant
ses propres apports avec de multiples sources qu'il met en valeur,
Gershwin réalise une synthèse
très achevée qui intègre l'amont et diversifie
l'aval...
Incidemment, cette approche dynamique éclairerait
plutôt mieux la mondialisation que des références
statiques, nationales ou autres, qui manquent de pertinence
et distordent le raisonnement. Le schéma suggère
ce que peuvent induire des visions réductrices : courte,
étroite (figurées ici), mais aussi sélective,
locale, biaisée, déformante...
Multimédia : notre schéma
préfigurait le multimédia vingt ans avant son
avènement : convergence de diverses techniques électroniques,
informatiques, téléphoniques... (a, b, c...) vers,
d'abord, la bureautique, la télématique et autres
-iques (M, N, O...), puis de celles-ci vers le multimédia,
lequel ouvre sur un foisonnement d'applications dont on ne peut
prendre la mesure que moyennant l'identification de certains
facteurs (comme le rôle du numérique, langage commun)
et surtout la compréhension du schéma pris dans
sa globalité. Cette vision organisée a favorisé
son développement harmonieux.
Le même schéma s'applique à
l'évolution du management (n°
49), comme à celle de la société
(n° 95) :
les décisions à prendre pour les systèmes
de retraite ou de santé sont, elles aussi, identifiées
de cette façon depuis plus de vingt ans. La façon
dont elles ont été différées montre
les limites de la méthode face au syndrome dont il est
question ici...
[Voir aussi... un
processus qui change la perspective . . . présentation
dynamique]
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