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3 - Inventer sans cesse des processus pour pouvoir fonctionner

L'impulsion étant donnée, il a fallu fabriquer la machine. Que n'a-t-on glosé sur ces institutions qui ne ressemblent à rien de connu, où le Parlement n'est pas un organe législatif classique, où l'exécutif est bicéphale et détient une partie du pouvoir législatif et où, finalement, seul le pouvoir judiciaire est tenu par un organe judiciaire !

"Pour comprendre l'Europe, il faut être génial ou français" (Madeleine Albright). Doublement faux : bien des Français et même des génies n'y comprennent rien. Souvent faute de s'y intéresser, parfois aussi parce que le regard est déformé : ayant l'habitude de schémas simples adaptés à des situations simples, on voudrait qu'ils s'appliquent à des situations complexes et ça ne marche pas. L'agora n'étant pas adaptée à la gouvernance de 450 millions d'Européens, il faut un dispositif complexe si l'on veut respecter les diverses expressions nationales (25 pays), politiques (des verts, roses ou bleus), territoriales (particularités régionales ou locales), civiles (mondes économique, social, culturel), d'entreprises diverses (petites et grandes, industrielles et tertiaires) - expressions elles-mêmes associées à une multitude d'enjeux où les intérêts se croisent et se décroisent. D'autant que le souci démocratique n'est pas la seule contrainte : par exemple, il faut aussi assumer l'interculturalité (associer saxons et latins ou, pire, Anglais et Français), s'articuler avec divers niveaux d'organisation - ONU, OMC et autres composantes d'un ordre international lui-même changeant, etc.

Donc les modèles simples ne peuvent fonctionner dans ce contexte, mais il y a plus grave, quand ce sont nos références-> Entreprise et mondialisation : small peut-il encore être beautiful ? ..., voire nos modes de pensée-> Prospective, information, décision : blinder le mollusque ou structurer le zapping ? ..., qui ne sont plus "en phase" avec une situation nouvelle. Evident pour l'Europe - où le débat public se réduit souvent à des schémas depuis longtemps dépassés, qu'ils soient fédéraux, confédéraux ou unitaires-> Ni fédération... ni confédération ! ... - le problème se pose aussi, mutatis mutandis, pour les partenariats d'entreprises. On en retiendra ici une des problématiques centrales.

Le choix d'une forme d'accord combine de nombreux paramètres dont, entre autres, la durée et le degré d'intégration qu'envisagent les partenaires (voir encadré). Mais ces critères ne prennent leur sens que par rapport au contexte et à des logiques de référence qui peuvent comporter des ressorts très différents, voire opposés : logique de territoire ou de projet, statique ou dynamique, contractuelle ou partenariale, etc. Le schéma 1 traduit une approche implicitement inspirée de juridisme, voire de légalisme : plus on s'engage dans la durée et dans des partenariats "fusionnels", plus il faudra formaliser dans un acte contraignant... mais en retour, cette irrévocabilité refrénera les ardeurs de ceux qui veulent préserver leur quant-à-soi, ou que leurs mandants empêchent de s'engager ainsi. Imaginons un partenariat long, qu'on voudrait fortement intégré (de type constitution européenne), mais qui du fait des circonstances ne peut l'être que faiblement (car il implique de nombreux partenaires, parmi lesquels des insulaires atlantistes, etc.). Soit on garde une ambition élevée, au risque de tout perdre si un seul des 25 ne ratifie pas ; soit on affaiblit le projet en tentant (vœu pieux ?) de réduire ce risque.

En changeant la perspective, on peut conclure que pour parvenir à ses fins (coopération longue entre partenaires très engagés et solidaires), on doit passer par des processus formels moins intégrés. Autrement dit, le lien contractuel est plus faible mais l'affectio societatis plus fort ; l'efficacité passe moins par le droit et des institutions "en dur" que par une volonté commune et un état d'esprit marqués par la confiance et les solidarités de fait. Car un paradigme de type "mécanique" (schéma 1) a laissé la place à un autre de type "biologique" (schéma 2) : il serait illusoire de vouloir faire fonctionner ce système interactif comme s'il s'agissait d'une succession d'engrenages régis par des causalités linéaires !

Si les Communautés européennes ont vu le jour, c'est pour beaucoup parce que Jean Monnet a pu convaincre les décideurs qu'ils devaient changer de paradigme. Nous sommes arrivés à un point où l'avenir de l'Union dépend probablement d'une nouvelle "vision en rupture" de ce type. Et ce constat est valable pour bien d'autres situations où le besoin n'est pas simplement de développer des partenariats, mais plus fondamentalement d'en réinventer l'approche.

Jean-Pierre Quentin

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  Sommaire et liens
Introduction
1 - Une machine à faire coopérer
2 - L'Union résulte de coopérations originales
3 - Inventer sans cesse des processus pour pouvoir fonctionner
Encadré : Accords et partenariats : quels positionnements ?
-> Voir aussi : Des processus coopératifs qui changent de nature...

 


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