Du piège abscons
à la soumission librement consentie...
Les démarches et techniques de manipulation sont
très variées. A la base, on trouve le plus souvent
plusieurs "briques" élémentaires comme
la diversion, le leurre ou l'amalgame. On trouve aussi quelques
conditions sans lesquelles ces procédés ne fonctionneraient
pas. La première est une réalité qu'on
a du mal à admettre : si l'on se laisse aussi facilement
leurrer ou égarer par d'autres, c'est avant tout parce
qu'on passe son temps à se leurrer ou égarer soi-même.
Une autre condition est qu'on considère spontanément
comme évidentes des "évidences" qui
n'ont rien d'évident.
Dans la Société de l'information, l'homme d'action
consacre une grande part de son énergie à tenter
de convaincre, à négocier, à discuter...
bref, à communiquer avec pour intention ou objectif d'agir
sur les idées ou les actes d'autrui (n°
99, communication
stratégique). On veut influencer l'achat du client,
l'opinion du lecteur, le vote de l'électeur, le verdict
du tribunal, la décision du chef, le comportement du
bambin, le choix des rideaux du salon, le regard que portera
sur vous l'être cher, etc. Laissons de côté
ce dernier exemple, car contrairement aux autres - et malgré
une idée reçue qui voudrait que l'amour induise
des comportements irrationnels ou déraisonnables - c'est
à peu près le seul cas où, spontanément,
une majorité d'individus adopte une approche efficace
pour influencer autrui (en l'occurrence, la séduction).
Dans tous les autres cas, la pente "naturelle" conduit
à la persuasion, qui est en général une
des méthodes les moins opérantes, mais - au moins
dans la France contemporaine - c'est celle qui résulte
d'une vingtaine d'années de formatage scolaire... Comme
s'il suffisait de prescrire un comportement pour qu'il soit
reproduit, d'énoncer une vérité, une règle
ou une information pour qu'elle soit admise, apprise ou acquise
- et, plus généralement, de présenter un
modèle pour qu'il soit adopté. D'où la
faible performance de bien des démarches. D'où,
aussi, la redoutable efficacité de ceux qui s'y prennent
autrement, souvent à l'insu de la population-cible (n°
92, rumeur
et désinformation). Ce n'est pas la séduction,
ou toute autre brique, qui est en cause, mais l'usage qu'en
font certains..
Suite
.../
|