Multilinguisme ou espéranto ?
Souvent sans s'en rendre compte, l'entreprise vit en permanence
des situations interculturelles. Contrairement à une
idée reçue, elles ne se réduisent pas aux
relations internationales et se manifestent au quotidien. Elles
se renforcent, dans un univers où tout repose sur l'échange,
les rencontres, le brassage... et où les interlocuteurs
se multiplient. Dans ce contexte de développement et
de diversification des "jeux à plusieurs",
les acteurs et leurs jeux sont à la fois plus nombreux,
plus divers, plus changeants - et le cumul de ces tendances
accroît la différenciation. Outre la politique
de l'autruche, il existe deux réponses extrêmes
: le multilinguisme, supposé permettre de "parler
son langage" avec chacun, et l'espéranto, langage
simplifié mais unique, en principe commun, supposé
permettre de "parler le même langage" avec tous.
L'équilibre est à trouver dans un subtil dosage.
Qui niera qu'il existe quelques différences entre les
cultures (cf. encadré
1) que symbolisent un petit patron, un acheteur de la
grande distribution, un éleveur de porcs, un militant
syndical, un agrégé de médecine, un technocrate,
un élu local, un banquier, un professeur de management,
un militant écologiste, un employé de caisse de
retraite, un sportif sponsorisé, un correspondant de
presse, un inspecteur des impôts, un bénévole
d'ONG et bien d'autres ? Cet inventaire à la Prévert
devrait être compliqué à l'infini par le
croisement avec divers critères : compétent, performant,
avenant... Peut-on concevoir qu'ils arrivent à se comprendre
? Pourtant leurs enjeux se croisent et chacun est affecté
par des causes qui lui sont éloignées. De plus
en plus (cf. n° 89 : lobbyings
d'hier et de demain).
Certes, le choc des cultures a toujours existé, même
dans les sociétés les plus autarciques. Mais dans
un monde peu ouvert sur l'extérieur, "l'étranger"
est plus facilement identifiable et, comme à Clochemerle,
on peut se limiter à quelques catégories simples
comme "l'estranger" (du village voisin) et "l'estranger
du dehors", qui vit un peu plus loin. Dans notre société,
déjà très composite et ouverte, la difficulté
vient de la combinaison d'un gros apport d'éléments
nouveaux et d'un fort mouvement : ça change tout le temps
! L'ouverture augmente le débit pendant que l'accélération
accroît la pression, alors...
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