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Jean-Pierre Quentin . Un autre regard, pour agir autrement... Va... comme hier ? . n° 156, sept. 2009
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J'ai refait tous les calculs, notre idée est irréalisable ;
il ne nous reste qu'une chose à faire : la réaliser !

Pierre-Georges Latécoère
Les maîtres sont ceux qui nous montrent ce qui est possible
dans l'ordre de l'impossible.

Paul Valéry
Qui vit sans folie n'est pas aussi sage qu'on le croit.
François de La Rochefoucauld
La crise... Et après ? Et vous ?
Va... comme hier ?


Que va-t-il sortir de la crise ? La question ne s'adresse pas aux futurologues, qui veulent prédire l'avenir, mais à tous les acteurs économiques, sociaux ou culturels qui s'emploient à le construire. Rappelons André Gide : "Le monde sera ce que vous le ferez" - et non ce que les oracles ou les experts prévoiront. Soulignons aussi qu'il sera ce que "vous" ferez, et pas uniquement "les grands de ce monde" : l'avenir vous regarde, mêlez-vous de ce qui vous regarde ! A fortiori si ceux qui le font pour vous regardent mal... Certes, mais comment faire ?

Dans toute activité, le choix d'un type de démarche, d'une façon de faire, conditionne les résultats. C'est le cas quand il s'agit d'aborder l'avenir (>> Prévision, anticipation, prospective...), on l'admet assez couramment. Par contre, on néglige beaucoup l'importance de la façon de regarder, de ce qui la conditionne (représentations sous-jacentes) et de ce qui en résulte (présupposés projetés, souvent implicitement). Cette négligence comporte des risques majeurs : regard faussé, décision biaisée, action désorientée...

Ainsi, la crise actuelle fait l'objet de différentes "familles" de représentations et il apparaît de plus en plus dangereux de se focaliser sur celles qui dominent, dont la pertinence est sujette à caution. On peut qualifier ces dominantes de "schémas mentaux consensuels placés en amont des clivages idéologiques et des querelles d'experts", ou plus simplement de "pensée unique", peu importe : l'essentiel est que, par cette position en amont des analyses et des choix, ces représentations ont un impact déterminant sur l'aval. Leur repérage est encore plus nécessaire si elles sont décalées par rapport à la réalité observée. Comme si, jouant aux échecs mais croyant jouer aux dames, on appliquait des modes de raisonnement peut-être géniaux aux dames, mais totalement inopérants ici sans qu'on comprenne pourquoi (>> Les pieds ici... la tête là...). Autrement dit, un préalable pour avancer est de ne pas pédaler à côté du vélo.
> Crise "en soi" ou révélateur ? C'est comme l'adolescence...
> La crise et le système : principaux scénarios
> Les représentations des prescripteurs et décideurs
> Une autre lecture : et si Gaston Berger avait raison ?
> Conséquences opérationnelles

Crise "en soi" ou révélateur ? C'est comme l'adolescence...

Bien des parents connaissent cet éventuel décalage entre ce qui se joue et la perception qu'on en a. Après avoir risqué de confondre une crise d'anorexie avec ses éventuels fondements relationnels (>> Avant d'y aller...), ils sont confrontés à d'autres situations faisant appel à leur capacité de distanciation. Par exemple s'il arrive qu'un adolescent soit mal à l'aise dans son corps ou dans sa tête, qu'il conteste l'ordre établi ou l'autorité de ses maîtres, qu'il mette en jeu sa santé ou sa sécurité dans des comportements à risques... On sait que la crise d'adolescence n'est en fait que l'expression visible d'une mutation : notre ado passe de l'état d'enfant à celui d'adulte. Pour lui, c'est nouveau, différent, inconnu, mais la principale difficulté n'est pas là. Elle est dans le fait qu'il aborde l'univers adulte avec son regard d'enfant, c'est à dire avec les références de son ancien état, qui ne sont plus en phase avec sa situation actuelle. Négliger certains dangers, par exemple, n'a plus la même portée pratique s'il pilote un deux-roues motorisé que quand on lui tenait la main. Progressivement, il surmontera ce décalage par l'apprentissage de nouvelles références et il construira son regard d'adulte, en meilleure concordance avec son nouvel état et avec son nouvel environnement.

Va-t-on l'aider à sortir de sa crise, en s'attaquant à elle avec l'intention de rétablir l'état antérieur, son apparente simplicité, le confort de ses certitudes - et avec l'illusion de rendre au jeune son innocence, ses jeux, ses soucis enfantins ? Non, au contraire, car cela ne ferait qu'accroître son malaise, en le tirant en arrière vers l'enfance qu'il a quittée et en l'empêchant d'avancer dans son appropriation de l'état d'adulte. Et cela ne ferait qu'augmenter le décalage entre lui et son nouvel environnement. Son besoin, c'est qu'on l'accompagne pour accomplir sa mutation et qu'on l'aide à acquérir les repères dont il a besoin pour trouver sa place dans ce monde différent. Mieux vaut s'occuper du problème (mutation) que s'agiter sur ses symptômes (crise), faute de quoi le "remède" aggrave le "mal".

Ce qui est vrai dans une crise/mutation comme l'adolescence l'est autant dans l'actuelle crise/mutation de la société. Que valent nos stratégies de sortie de crise ? Ces "remèdes" veulent-ils soigner une crise "en soi" et revenir à l'ancien état stable, ou maîtriser quelque chose de plus profond dont cette crise (entre autres) n'est qu'un symptôme ou un révélateur ? Ce quelque chose, c'est une nouvelle situation par rapport à laquelle, précisément, nos pratiques habituelles sont décalées. Une question préalable s'impose alors : comment évaluer nos représentations de "la crise" et les alternatives envisageables ?
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La crise et le système : principaux scénarios

Ces représentations, de même que les situations auxquelles elles se réfèrent, se répartissent en quelques grandes familles. Le schéma ci-après s'inspire d'une typologie à la fois pertinente et pratique, que présente J.M. Granier dans Sémiotique de la crise (plusieurs éléments ont été adaptés mais, mutatis mutandis, ce schéma renvoie aux définitions, critères et catégories présentés dans l'article).

Croisons 2 axes pour figurer 2 grandes variables : horizontalement, le niveau de gravité du "séisme" (sorte d'échelle de Richter) et, verticalement, le degré de malléabilité du système.
-> Représentations de la crise...
Les quadrants ainsi délimités font apparaître 4 familles de scénarios concernant les dérangements (crises affectant le système) et les situations d'après-crise qui en résultent :

• A/ Oscillation cyclique ou cosmétique : le système conserve ou rétablit rapidement son état initial.

• B/ Lifting : après l'épreuve ou les turbulences, le système retrouve son état antérieur au prix de modifications plus ou moins profondes, ponctuelles ou durables. Tenant compte des évolutions des environnements (technologique, économique, écologique, social, culturel, institutionnel...), ces transformations demeurent réversibles ; le système reste influent sur sa propre adaptation et sur celle de ses environnements.

• C/ Métamorphose : les désordres du système et les évolutions des environnements sont tels que c'est l'équilibre général qui est en question ; il ne s'agit plus d'adapter certains éléments, mais de reconsidérer l'ensemble. De façon irréversible et plus ou moins subie, le système doit impérativement changer d'état et assurer la concordance de cette mutation avec celles des environnements.

• D/ Anéantissement : incapable de changer d'état, le système ne peut qu'assister impuissant à sa destruction.

Un exemple simple peut illustrer le schéma : selon certaines analyses, le système capitaliste occidental connaît aujourd'hui une crise majeure et il faut le "réinventer" (cette lecture se rattache à la famille scénario C/) ; que l'on souscrive ou non à cette interprétation, on peut considérer que le capitalisme a connu dans le passé de nombreuses crises mineures (lecture de type scénario A/), ainsi que de plus graves, à commencer par celle de 1929, ce qui ne l'a pas empêché de traverser les siècles moyennant des adaptations (lecture scénario B/) ; par contre le système communiste des pays de l'Est, trop rigide, s'est désintégré face à des crises sévères (scénario D/).

Plus généralement, cette grille de lecture, combinée avec d'autres, est intéressante pour décoder les diverses approches de toutes sortes de phénomènes, pouvant aller du déclin d'une amicale bouliste au ralentissement de la construction européenne, en passant par la crise du système bancaire ou les interrogations sur l'avenir du régime iranien...

Au-delà du décodage, cette grille permet d'apprécier le degré d'adéquation entre la lecture qu'on fait d'une situation (analyse) et les diverses réponses possibles (pour action). Dans l'exemple de la crise d'adolescence, notre lecture est clairement de type C/ : il s'agit d'une métamorphose tendant vers la mutation de l'état d'enfant à celui d'adulte. Dans cette situation C/, quelles peuvent être les chances de succès et les conséquences de réponses de type A/, qui essaient de ramener le jeune en enfance (Fais un bisou à la dame, mon Bébé mignon) ? Ou de type B/, où l'on fait quelques concessions plus ou moins importantes (tenue vestimentaire, heures de sortie ou scooter), tout en restant fondamentalement dans une relation de parents à petit enfant ? Ou de type D/, abordant les états d'âme et les facéties avec l'empathie et la fantaisie d'un garde-chiourme ?

La crise actuelle justifie amplement qu'on se pose enfin les mêmes questions à son sujet, après les avoir trop longtemps éludées. Quelles sont les représentations des penseurs influents et des décideurs puissants ? Dans quel type de scénario sommes-nous réellement ? Y a-t-il concordance entre les représentations et la situation réelle ? Si tel n'est pas le cas, quelles conclusions en tirer ?
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Les représentations des prescripteurs et décideurs

Les principaux prescripteurs visibles sont les auteurs médiatiques, ceux qui explicitent ou diffusent les idées dominantes, ceux auxquels font appel les décideurs, pour les consulter sinon pour les suivre.

• Le scénario A/ est désormais à ce point indéfendable que, même parmi les plus complaisants, aucun auteur "en vue" ne se risque plus à promouvoir le retour de Bébé mignon dans le monde de Oui-Oui...

• Les interprétations de la famille B/, au contraire, sont les plus nombreuses, avec une grande diversité quant à l'analyse du lifting en cause, quant aux adaptations en jeu ou quant aux moyens ; leurs figures emblématiques sont les principaux auteurs appréciés des mass médias - M. Aglietta, P. Artus, J. Attali...

• Les tenants du scénario C/ ont aussi des expressions très variées mais moins d'audience médiatique, étant souvent moins politiquement corrects, même si des décideurs peuvent consulter-sinon-suivre certains d'entre eux. Ils ouvrent plus largement leurs analyses à différents aspects - technologiques, économiques, écologiques, politiques, sociaux, culturels, etc. - qu'ils intègrent dans une vue élargie et qu'ils inscrivent dans une perspective allongée, couvrant en général les récentes décennies ; parmi les symboles, des prix Nobel comme P. Krugman ou J. Stiglitz.

• Le scénario D/ est celui des prophètes ou apôtres de la fin : fin de l'économie de marché, fin de la croissance, fin de la démocratie, ou toute autre forme de crépuscule ; archétypes : A. Badiou (communisme authentique) ou I. Wallerstein (altermondialisme).

Quelles sont les représentations des décideurs publics ? Il est symptomatique que leurs stratégies ou, à défaut, les mesures qu'ils prennent, encore aujourd'hui, en Europe comme aux Etats-Unis, relèvent toutes d'interprétations de la crise apparentées à la famille A/ - celle qu'aucun auteur soucieux d'une apparence de crédibilité ne se risque plus à défendre. Le lecteur appréciera... ce n'est pas ici le lieu de commenter ce point. Cet état des lectures (auteurs et décideurs) est développé dans l'article cité (sémiotique de la crise).

Quant aux dirigeants d'entreprise et autres acteurs privés ou corps intermédiaires, ils se répartissent entre A/, B/ et C/ dans des proportions qu'on ne saurait quantifier, faute d'éléments disponibles - lacune qu'il serait intéressant de combler : appel aux chercheurs !
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Une autre lecture : et si Gaston Berger avait raison ?

"Une émeute ? Non, Sire, une révolution !" Il est désormais de bon ton de citer cette réplique, en remplaçant émeute par crise. C'est révélateur du glissement des lectures dominantes de A/ vers B/ : après avoir abondamment analysé une crise cyclique, avec des références de plus en plus manifestement décalées, on admet que, plus profondément, il y a autre chose. A quand l'étape suivante (de B/ vers C/) avec une nouvelle reformulation, par exemple : "Une révolution ? Non, citoyen, une mutation !" Il faudra pour cela se décider à admettre la notion de globalité de la mutation, comprendre le changement de paradigme qui l'accompagne, en tirer les conclusions opérationnelles... et pour commencer, coller les morceaux de ce qu'on continue à traiter séparément dans des approches expertes qui restent encore trop spécialisées pour voir que tout se tient (>> Vertus du diagnostic clinique).

Révélateurs de cette mutation plus profonde et globale, les "signes extérieurs de changement" ne manquent pas. Quitte à faire un inventaire à la Prévert, limitons-nous ici à quelques illustrations de problématiques en cause. Les évolutions des environnements ne sont pas simplement celles de l'écosystème (réchauffement climatique, ressources naturelles, biodiversité...), mais aussi celles des environnements démographique (fécondité, longévité, migrations...),

Environnements, systèmes...
ne pas confondre !
>> Environnements, systèmes, acteurs,
les pivots de la décision...
>> Individus, structures, systèmes...
socio-culturel (aspirations, valeurs, mentalités, comportements...), politico-institutionnel (médiations, représentation, inégalités, société civile, intelligence collective...), technologique (info-, bio-, nano-, cogno-...), économique (valeur, (dé)croissance, consommation, profit, dette, recherche, connaissance, publicité, industrie, dématérialisation...), géostratégique (mondialisation de fait, ordre inter-national, conflits, coopérations...), sanitaire (pauvreté, addictions, médicaments, thérapies...), médiatique (zapping, politiquement correct, manipulations, Web interactif...), etc.

Les évolutions du système social (sociétal) lui-même pourraient aussi être énumérées sans fin : celles de la famille, des pouvoirs (locaux, nationaux, sub-régionaux, mondiaux...), de l'entreprise, des autres institutions (santé, éducation, justice, information, communication(s), loisirs, culture, défense, finance...), des nouveaux acteurs (ONG, instances de médiation, autorités de régulation, fonds de pension...), des pratiques (gouvernance, développement durable, innovation sociale, management responsable, lobbying, marketing viral, terrorisme, smart power...), des instruments (indicateurs économétriques, Internet, stock-options, normes comptables...), etc.

S'y ajoutent bien sûr les évolutions liées à toutes les convergences entre ces diverses problématiques - liens sociaux virtuels, nouveaux métiers, pensée unique, épidémies, migrations climatiques, TIC au service des droits de l'homme, psychoses sécuritaires liberticides, propriété intellectuelle... N'y a-t-il vraiment aucune relation entre tous ces signes extérieurs de changement, pour justifier qu'on les aborde séparément, ou en tout cas qu'on les associe si peu ? Le cloisonnement - des disciplines, des spécialités, des cerveaux... - est-il si étanche qu'on ne puisse relier les données et connaissances dans une perspective globale qui leur donne une cohérence, tant conceptuelle qu'opérationnelle ?

Une telle vision d'ensemble a été esquissée, dès les années 1950, par les fondateurs de la démarche prospective. Rappelons le mot de Gaston Berger, selon lequel les bouleversements de notre époque étaient comparables à l'arrivée du néolithique (>> Le tournant de la civilisation). Gardons l'analogie : si le mésolithique a assuré la transition entre le paléolithique et le néolithique, de même, 8 à 12 mille ans plus tard, nous connaissons un changement de civilisation similaire avec la société de l'information, phase de transition entre la société industrielle (ou ère Techno) et la société de l'intelligence (ou ère Relatio) (>> Mutation séculaire et étapes intermédiaires). Certes, nous sommes mieux équipés que M. de Cro-Magnon pour analyser ces changements profonds, mais nous avons aussi un ensemble de difficultés supplémentaires comme la considérable accélération des phénomènes en cause, leurs changements de dimension (de l'infiniment petit à l'infiniment grand) et l'accroissement exponentiel de leur complexité. Simple illustration du changement d'ordre de grandeur de l'échelle de temps : 4 millions d'années séparent Lucy, notre lointaine ancêtre bipède verticale, de nos aïeuls devenant agriculteurs ou métallurgistes, alors que seulement quelques milliers d'années ont couru entre eux et nous. Que de chemin parcouru en si peu de temps... et depuis, l'accélération ne fait que s'accélérer, au point de donner le tournis dans les récentes décennies ! En conséquence, parmi toutes ces évolutions, il est à la fois plus difficile et plus nécessaire de distinguer ce qui relève de crises, changements dans le jeu (scénarios A/ et B/), et ce qui relève de notre mutation de civilisation, changement du jeu lui-même (scénario C/), c'est à dire changement de nos références.

Moyennant cette importante relativisation, regardons le mésolithique : il s'étale sur plusieurs millénaires, dans des périodes diverses selon les régions. Il est marqué par de grands changements climatiques, de nouvelles conditions écologiques et d'importantes mutations techniques, économiques, sociales et culturelles : le climat plus doux favorise l'exploitation des produits de la terre ; l'homme, encore chasseur, perfectionne ses outils et invente l'arc, mieux adapté à la faune qui arrive avec le climat tempéré (cerf, sanglier, aurochs...) ; encore nomade, il s'installe le temps d'une saison sur son territoire de chasse : il n'est pas encore dans le paradigme de la sédentarité (ère Agro), mais il s'en rapproche ! Ce précédent ne nous donne-t-il pas matière à réflexion ? Il ne s'agit pas de pousser l'analogie, par exemple en envisageant les modèles économiques qu'induira le nouveau changement climatique - culture de bananes en Sibérie... - ou en se ralliant à toute autre forme de déterminisme causal - de type c'est nous qui avons déréglé le climat et nous devons rattraper le coup pour rétablir l'ordre naturel... - car de tels raisonnements s'inscriraient précisément dans la logique périmée de l'ancien paradigme !

Ainsi une lecture de crise de type scénario C/ va bien au-delà de l'optique crise de civilisation, qui (comme d'ailleurs des lectures de type scénario D/) se réduit à une crise du système (régime démocratique et/ou économie de marché et/ou pensée libérale et/ou autre approche de l'organisation sociale). C'est bien une mutation de civilisation, au sens où se combinent les mutations des environnements et celles du système. En tout cas selon l'interprétation proposée ici. Est-elle fatalement déraisonnable, du simple fait qu'elle est rejetée sans examen depuis un demi-siècle ? Et si Gaston Berger avait raison, ce qui apparaît de plus en plus vraisemblable, voire évident... Que de temps perdu, certes, mais surtout perseverare diabolicum...
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Conséquences opérationnelles

De même que nos ancêtres chasseurs nomades ont su trouver de nouveaux équilibres, notamment en devenant agriculteurs sédentaires, saurons-nous - individuellement et collectivement - trouver les conditions d'une nouvelle harmonie dans ce nouveau contexte ? Harmonie et contexte qui relèvent d'un nouveau paradigme, différent certes, mais dont nous avons quelques clés (aspirations des personnes, complexité systémique, dématérialisation...). Là encore, cela suppose que nous cessions de nous croire dans l'ancien contexte, donc d'utiliser ses références, ses modes de fonctionnement et les raisonnements qui vont avec. En commençant par relier ce qu'on persiste à disjoindre : est-il raisonnable de continuer à traiter isolément nos différentes "crises" ? Comme s'il n'y avait pas de rapport entre (par exemple) la montée du stress, les arbitrages entre vie personnelle, professionnelle et sociale, l'appauvrissement des classes moyennes, la régulation des marchés financiers, l'essor de l'économie numérique, la tertiarisation de l'emploi, les délocalisations industrielles, la décentralisation administrative, l'émergence d'une nouvelle société civile, les archaïsmes du système éducatif, la société de la désinformation, la diversification des expressions du fait religieux, les inconnues géostratégiques, le gaspillage des ressources, la médiatisation des activités, les crises sanitaires, les équilibres entre sécurité, liberté et responsabilité...

Autre préalable, il faut cesser de tout aborder en termes de "crise" et d'assimiler ce terme à "péril". Inspirons-nous de l'idéogramme chinois, qui associe "menace" et "opportunité" pour écrire "crise" : tout dépend de notre état d'esprit (soyons positifs !) et, une fois de plus, de nos références : si nous restons dans le paradigme d'hier, de fait, nous sommes menacés, de façon probablement irrémédiable. Pourquoi renoncer à saisir les opportunités qu'offrent ces mutations dans le nouveau paradigme ? Comme dans la crise d'adolescence, tournons-nous vers l'état adulte plutôt que vers un retour en enfance qui ne serait qu'illusoire, décevant... et tout simplement impossible.

Mais que font les autorités - ou le patron, ou ceux dont on attend qu'ils pensent pour nous ? Il appartient à chacun de s'approprier ces questions et la recherche de réponses, à partir de ses propres décryptages, à tous les niveaux, dans la vie privée, professionnelle, civique, associative, militante... C'est vrai, entend-on souvent, mais on ne peut pas ramer à contre-courant ! Objection : on peut. C'est un choix. Suivre le courant en est aussi un. Il y a trente ou cinquante ans, le premier choix semblait hasardeux, comme un saut dans l'inconnu. Aujourd'hui, il est plus facile d'ouvrir les yeux, à condition de le vouloir. On dispose d'importants moyens de connaissance et de méthode (>> Prospective pour tous), à condition de les saisir et d'abord, de les vouloir - ce qui nous ramène au préalable : désapprendre les anciennes références - comme l'adolescent doit désapprendre l'enfance pour trouver sa place dans son univers d'adulte. Bien sûr, désapprendre ne signifie pas oublier, mais dépasser (>> Apprendre à désapprendre).

Think different !, nous dit le slogan. Mais ça ne marche pas tant que cette pensée, même innovante, reste dans l'ancien paradigme (>> Exemple e-book).

Nous y reviendrons dans cette chronique (>> Sommaire) et surtout, concrètement, nous y travaillons quotidiennement avec nos clients et partenaires (>> Savoir-voir, savoir-être...). Et vous ? C'est vrai, le monde sera ce que vous le ferez... mais le savez-vous ? Le voulez-vous ? En tout cas, vous le pouvez. Chacun a le choix de regarder vers hier ; ou de regarder comme hier ; ou de s'ouvrir à cet autre regard, d'autant plus structuré que, en quelques décennies, ses racines sont devenues solides et profondes (>> Mutatio) ; ou encore de se rallier à toute autre option intermédiaire, par exemple tendance superficielle ou tendance technicienne (>> Entre modes et méta-tendances, Contre la prospective). Quel "retour sur investissement" attendre de ces différentes options ? A chacun d'apprécier.

Jean-Pierre Quentin


Une suite >> Relations entre acteurs, systèmes et environnements : Pump up the volume
Notre société en mutation connaît des "crises de croissance" résultant d'un décalage : la mutation de nos environnements est plus intense que celle de nos systèmes. Faute d'avoir été traité à froid, le problème devient très chaud... Ce n'est pas sur "les crises" qu'il faut agir, mais sur les systèmes... >> Lire

PS - Après la crise d'adolescence, les amateurs de métaphores ou d'analogies pourront stimuler le remue-méninges en s'intéressant à la mutation de la chenille (>> Chrysalide) ou à celle de l'eau (>> Vaporisation), voire aux véhicules (>> Cheval/tracteur) ou à l'approche de mouvements sismiques (>> Tsunami)...

Voir aussi...
Un peu plus >> Mutatio
Un rappel >> 25 ans de Mutation
Un commentaire >> Le tournant de la civilisation
Un autre regard >> Innovation prospective
Un instrument utile >> La communication stratégique
Une approche volontaire >> Lobbying anti-crise
Un auxiliaire précieux >> Catalyseur d'intelligence

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