La crise...
Et après ? Et vous ?
Va... comme hier ?
Que va-t-il sortir de la crise ? La question ne s'adresse pas
aux futurologues, qui veulent prédire l'avenir,
mais à tous les acteurs économiques, sociaux ou
culturels qui s'emploient à le construire. Rappelons
André Gide : "Le monde sera ce que vous le ferez"
- et non ce que les oracles ou les experts prévoiront.
Soulignons aussi qu'il sera ce que "vous" ferez, et pas uniquement
"les grands de ce monde" : l'avenir vous regarde, mêlez-vous
de ce qui vous regarde ! A fortiori si ceux qui le font
pour vous regardent mal... Certes, mais comment faire ?
Dans toute activité, le choix d'un type de démarche,
d'une façon de faire, conditionne les résultats.
C'est le cas quand il s'agit d'aborder l'avenir (>>
Prévision,
anticipation, prospective...),
on l'admet assez couramment. Par contre, on néglige beaucoup
l'importance de la façon de regarder, de ce qui
la conditionne (représentations sous-jacentes) et de
ce qui en résulte (présupposés projetés,
souvent implicitement). Cette négligence comporte des
risques majeurs : regard faussé, décision biaisée,
action désorientée...
Ainsi, la crise actuelle fait l'objet de différentes
"familles" de représentations et il apparaît de
plus en plus dangereux de se focaliser sur celles qui dominent,
dont la pertinence est sujette à caution. On peut qualifier
ces dominantes de "schémas mentaux consensuels placés
en amont des clivages idéologiques et des querelles d'experts",
ou plus simplement de "pensée unique", peu importe :
l'essentiel est que, par cette position en amont des
analyses et des choix, ces représentations ont un impact
déterminant sur l'aval. Leur repérage est encore
plus nécessaire si elles sont décalées
par rapport à la réalité observée.
Comme si, jouant aux échecs mais croyant jouer aux dames,
on appliquait des modes de raisonnement peut-être géniaux
aux dames, mais totalement inopérants ici sans qu'on
comprenne pourquoi (>> Les
pieds ici... la tête là...). Autrement
dit, un préalable pour avancer est de ne pas pédaler
à côté du vélo.
Crise "en soi" ou révélateur
? C'est comme l'adolescence...
Bien des parents connaissent cet éventuel décalage
entre ce qui se joue et la perception qu'on en a. Après
avoir risqué de confondre une crise d'anorexie
avec ses éventuels fondements relationnels (>>
Avant
d'y aller...), ils sont confrontés à
d'autres situations faisant appel à leur capacité
de distanciation. Par exemple s'il arrive qu'un adolescent
soit mal à l'aise dans son corps ou dans sa tête,
qu'il conteste l'ordre établi ou l'autorité de
ses maîtres, qu'il mette en jeu sa santé ou sa
sécurité dans des comportements à risques...
On sait que la crise d'adolescence n'est en fait
que l'expression visible d'une mutation : notre
ado passe de l'état d'enfant à celui d'adulte.
Pour lui, c'est nouveau, différent, inconnu, mais la
principale difficulté n'est pas là. Elle est dans
le fait qu'il aborde l'univers adulte avec son regard
d'enfant, c'est à dire avec les références
de son ancien état, qui ne sont plus en phase
avec sa situation actuelle. Négliger certains dangers,
par exemple, n'a plus la même portée pratique s'il
pilote un deux-roues motorisé que quand on lui tenait
la main. Progressivement, il surmontera ce décalage
par l'apprentissage de nouvelles références et
il construira son regard d'adulte, en meilleure concordance
avec son nouvel état et avec son nouvel environnement.
Va-t-on l'aider à sortir de sa crise,
en s'attaquant à elle avec l'intention de rétablir
l'état antérieur, son apparente simplicité,
le confort de ses certitudes - et avec l'illusion de rendre
au jeune son innocence, ses jeux, ses soucis enfantins ? Non,
au contraire, car cela ne ferait qu'accroître son malaise,
en le tirant en arrière vers l'enfance qu'il a quittée
et en l'empêchant d'avancer dans son appropriation de
l'état d'adulte. Et cela ne ferait qu'augmenter le décalage
entre lui et son nouvel environnement. Son besoin, c'est qu'on
l'accompagne pour accomplir sa mutation et qu'on
l'aide à acquérir les repères dont il a
besoin pour trouver sa place dans ce monde différent.
Mieux vaut s'occuper du problème (mutation) que s'agiter
sur ses symptômes (crise), faute de quoi le "remède"
aggrave le "mal".
Ce qui est vrai dans une crise/mutation comme l'adolescence
l'est autant dans l'actuelle crise/mutation de la société.
Que valent nos stratégies de sortie de crise ?
Ces "remèdes" veulent-ils soigner une crise "en soi"
et revenir à l'ancien état stable, ou maîtriser
quelque chose de plus profond dont cette crise (entre autres)
n'est qu'un symptôme ou un révélateur ?
Ce quelque chose, c'est une nouvelle situation par rapport
à laquelle, précisément, nos pratiques
habituelles sont décalées. Une question préalable
s'impose alors : comment évaluer nos représentations
de "la crise" et les alternatives envisageables ?
La crise et le système : principaux
scénarios
Ces représentations, de même que les situations
auxquelles elles se réfèrent, se répartissent
en quelques grandes familles. Le schéma ci-après
s'inspire d'une typologie à la fois pertinente et pratique,
que présente J.M. Granier dans Sémiotique
de la crise (plusieurs éléments ont été
adaptés mais, mutatis mutandis, ce schéma
renvoie aux définitions, critères et catégories
présentés dans l'article).
Croisons 2 axes pour figurer 2 grandes variables : horizontalement,
le niveau de gravité du "séisme" (sorte
d'échelle de Richter) et, verticalement, le degré
de malléabilité du système.
Les quadrants ainsi délimités font apparaître
4 familles de scénarios concernant les dérangements
(crises affectant le système) et les situations d'après-crise
qui en résultent :
A/ Oscillation cyclique ou cosmétique
: le système conserve ou rétablit rapidement son
état initial.
B/ Lifting : après l'épreuve
ou les turbulences, le système retrouve son état
antérieur au prix de modifications plus ou moins profondes,
ponctuelles ou durables. Tenant compte des évolutions
des environnements (technologique, économique, écologique,
social, culturel, institutionnel...), ces transformations demeurent
réversibles ; le système reste influent sur sa
propre adaptation et sur celle de ses environnements.
C/ Métamorphose : les désordres
du système et les évolutions des environnements
sont tels que c'est l'équilibre général
qui est en question ; il ne s'agit plus d'adapter certains éléments,
mais de reconsidérer l'ensemble. De façon irréversible
et plus ou moins subie, le système doit impérativement
changer d'état et assurer la concordance de cette mutation
avec celles des environnements.
D/ Anéantissement : incapable de
changer d'état, le système ne peut qu'assister
impuissant à sa destruction.
Un exemple simple peut illustrer le schéma : selon certaines
analyses, le système capitaliste occidental connaît
aujourd'hui une crise majeure et il faut le "réinventer"
(cette lecture se rattache à la famille scénario
C/) ; que l'on souscrive ou non à cette interprétation,
on peut considérer que le capitalisme a connu dans le
passé de nombreuses crises mineures (lecture de type
scénario A/), ainsi que de plus graves, à
commencer par celle de 1929, ce qui ne l'a pas empêché
de traverser les siècles moyennant des adaptations (lecture
scénario B/) ; par contre le système communiste
des pays de l'Est, trop rigide, s'est désintégré
face à des crises sévères (scénario
D/).
Plus généralement, cette grille de lecture, combinée
avec d'autres, est intéressante pour décoder
les diverses approches de toutes sortes de phénomènes,
pouvant aller du déclin d'une amicale bouliste au ralentissement
de la construction européenne, en passant par la crise
du système bancaire ou les interrogations sur l'avenir
du régime iranien...
Au-delà du décodage, cette grille permet d'apprécier
le degré d'adéquation entre la lecture
qu'on fait d'une situation (analyse) et les diverses réponses
possibles (pour action). Dans l'exemple de la crise d'adolescence,
notre lecture est clairement de type C/ : il s'agit d'une métamorphose
tendant vers la mutation de l'état d'enfant à
celui d'adulte. Dans cette situation C/, quelles peuvent être
les chances de succès et les conséquences
de réponses de type A/, qui essaient de ramener le jeune
en enfance (Fais un bisou à la dame, mon Bébé
mignon) ? Ou de type B/, où l'on fait quelques concessions
plus ou moins importantes (tenue vestimentaire, heures de sortie
ou scooter), tout en restant fondamentalement dans une relation
de parents à petit enfant ? Ou de type D/, abordant les
états d'âme et les facéties avec l'empathie
et la fantaisie d'un garde-chiourme ?
La crise actuelle justifie amplement qu'on se pose enfin les
mêmes questions à son sujet, après les avoir
trop longtemps éludées. Quelles sont les représentations
des penseurs influents et des décideurs puissants ? Dans
quel type de scénario sommes-nous réellement
? Y a-t-il concordance entre les représentations
et la situation réelle ? Si tel n'est pas le cas,
quelles conclusions en tirer ?
Les représentations des prescripteurs
et décideurs
Les principaux prescripteurs visibles sont les auteurs médiatiques,
ceux qui explicitent ou diffusent les idées dominantes,
ceux auxquels font appel les décideurs, pour les consulter
sinon pour les suivre.
Le scénario A/ est désormais à
ce point indéfendable que, même parmi les plus
complaisants, aucun auteur "en vue" ne se risque
plus à promouvoir le retour de Bébé
mignon dans le monde de Oui-Oui...
Les interprétations de la famille B/, au contraire,
sont les plus nombreuses, avec une grande diversité quant
à l'analyse du lifting en cause, quant aux adaptations
en jeu ou quant aux moyens ; leurs figures emblématiques
sont les principaux auteurs appréciés des mass
médias - M. Aglietta, P. Artus,
J. Attali...
Les tenants du scénario C/ ont aussi des expressions
très variées mais moins d'audience médiatique,
étant souvent moins politiquement corrects, même
si des décideurs peuvent consulter-sinon-suivre certains
d'entre eux. Ils ouvrent plus largement leurs analyses à
différents aspects - technologiques, économiques,
écologiques, politiques, sociaux, culturels, etc. - qu'ils
intègrent dans une vue élargie et qu'ils inscrivent
dans une perspective allongée, couvrant en général
les récentes décennies ; parmi les symboles, des
prix Nobel comme P. Krugman ou J. Stiglitz.
Le scénario D/ est celui des prophètes
ou apôtres de la fin : fin de l'économie de marché,
fin de la croissance, fin de la démocratie, ou toute
autre forme de crépuscule ; archétypes :
A. Badiou (communisme authentique) ou I. Wallerstein
(altermondialisme).
Quelles sont les représentations des décideurs
publics ? Il est symptomatique que leurs stratégies
ou, à défaut, les mesures qu'ils prennent, encore
aujourd'hui, en Europe comme aux Etats-Unis, relèvent
toutes d'interprétations de la crise apparentées
à la famille A/ - celle
qu'aucun auteur soucieux d'une apparence de crédibilité
ne se risque plus à défendre. Le lecteur appréciera...
ce n'est pas ici le lieu de commenter ce point. Cet état
des lectures (auteurs et décideurs) est développé
dans l'article cité (sémiotique
de la crise).
Quant aux dirigeants d'entreprise et autres acteurs privés
ou corps intermédiaires, ils se répartissent entre
A/, B/ et C/ dans des proportions qu'on ne saurait quantifier,
faute d'éléments disponibles - lacune qu'il serait
intéressant de combler : appel aux chercheurs !
Une autre lecture : et si Gaston Berger avait
raison ?
"Une émeute ? Non, Sire, une révolution !"
Il est désormais de bon ton de citer cette réplique,
en remplaçant émeute par crise.
C'est révélateur du glissement des lectures
dominantes de A/ vers B/ : après avoir abondamment analysé
une crise cyclique, avec des références de plus
en plus manifestement décalées, on admet que,
plus profondément, il y a autre chose. A quand
l'étape suivante (de B/ vers C/) avec une nouvelle
reformulation, par exemple : "Une révolution ? Non,
citoyen, une mutation !" Il faudra pour cela se décider
à admettre la notion de globalité de la
mutation, comprendre le changement de paradigme qui l'accompagne,
en tirer les conclusions opérationnelles... et pour commencer,
coller les morceaux de ce qu'on continue à traiter
séparément dans des approches expertes qui restent
encore trop spécialisées pour voir que tout se
tient (>> Vertus
du diagnostic clinique).
Révélateurs de cette mutation plus profonde et
globale, les "signes
extérieurs de changement" ne manquent pas. Quitte
à faire un inventaire à la Prévert, limitons-nous
ici à quelques illustrations de problématiques
en cause. Les évolutions des environnements ne
sont pas simplement celles de l'écosystème (réchauffement
climatique, ressources naturelles, biodiversité...),
mais aussi celles des environnements démographique (fécondité,
longévité, migrations...),
Environnements, systèmes...
ne pas confondre ! |
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socio-culturel (aspirations, valeurs, mentalités,
comportements...), politico-institutionnel (médiations,
représentation, inégalités, société
civile, intelligence collective...), technologique (info-,
bio-, nano-, cogno-...), économique (valeur, (dé)croissance,
consommation, profit, dette, recherche, connaissance, publicité,
industrie, dématérialisation...), géostratégique
(mondialisation de fait, ordre inter-national, conflits,
coopérations...), sanitaire (pauvreté,
addictions, médicaments, thérapies...), médiatique
(zapping, politiquement correct, manipulations, Web interactif...),
etc.
Les évolutions du système social (sociétal)
lui-même pourraient aussi être énumérées
sans fin : celles de la famille, des pouvoirs (locaux, nationaux,
sub-régionaux, mondiaux...), de l'entreprise, des
autres institutions (santé, éducation, justice,
information, communication(s), loisirs, culture, défense,
finance...), des nouveaux acteurs (ONG, instances de
médiation, autorités de régulation, fonds
de pension...), des pratiques (gouvernance, développement
durable, innovation sociale, management responsable, lobbying,
marketing viral, terrorisme, smart power...), des instruments
(indicateurs économétriques, Internet, stock-options,
normes comptables...), etc.
S'y ajoutent bien sûr les évolutions liées
à toutes les convergences entre ces diverses problématiques
- liens sociaux virtuels, nouveaux métiers, pensée
unique, épidémies, migrations climatiques, TIC
au service des droits de l'homme, psychoses sécuritaires
liberticides, propriété intellectuelle...
N'y a-t-il vraiment aucune relation entre tous ces signes
extérieurs de changement, pour justifier qu'on les
aborde séparément, ou en tout cas qu'on les associe
si peu ? Le cloisonnement - des disciplines, des spécialités,
des cerveaux... - est-il si étanche qu'on ne puisse relier
les données et connaissances dans une perspective
globale qui leur donne une cohérence, tant conceptuelle
qu'opérationnelle ?
Une telle vision d'ensemble a été esquissée,
dès les années 1950, par les fondateurs de la
démarche prospective. Rappelons le mot de Gaston Berger,
selon lequel les bouleversements de notre époque étaient
comparables à l'arrivée du néolithique
(>> Le
tournant de la civilisation).
Gardons l'analogie : si le mésolithique a assuré
la transition entre le paléolithique et le néolithique,
de même, 8 à 12 mille ans plus tard, nous connaissons
un changement de civilisation similaire avec la société
de l'information, phase de transition entre la société
industrielle (ou ère Techno) et la société
de l'intelligence (ou ère Relatio) (>>
Mutation séculaire
et étapes intermédiaires). Certes, nous
sommes mieux équipés que M. de Cro-Magnon pour
analyser ces changements profonds, mais nous avons aussi un
ensemble de difficultés supplémentaires comme
la considérable accélération des
phénomènes en cause, leurs changements de dimension
(de l'infiniment petit à l'infiniment grand) et l'accroissement
exponentiel de leur complexité. Simple illustration
du changement d'ordre de grandeur de l'échelle de temps
: 4 millions d'années séparent Lucy, notre lointaine
ancêtre bipède verticale, de nos aïeuls devenant
agriculteurs ou métallurgistes, alors que seulement quelques
milliers d'années ont couru entre eux et nous. Que de
chemin parcouru en si peu de temps... et depuis, l'accélération
ne fait que s'accélérer, au point de donner le
tournis dans les récentes décennies ! En conséquence,
parmi toutes ces évolutions, il est à la fois
plus difficile et plus nécessaire de distinguer ce qui
relève de crises, changements dans le jeu
(scénarios A/ et B/), et ce qui relève de notre
mutation de civilisation, changement du jeu lui-même
(scénario C/), c'est à dire changement de nos
références.
Moyennant cette importante relativisation, regardons le mésolithique
: il s'étale sur plusieurs millénaires, dans des
périodes diverses selon les régions. Il est marqué
par de grands changements climatiques, de nouvelles conditions
écologiques et d'importantes mutations techniques, économiques,
sociales et culturelles : le climat plus doux favorise l'exploitation
des produits de la terre ; l'homme, encore chasseur, perfectionne
ses outils et invente l'arc, mieux adapté à la
faune qui arrive avec le climat tempéré (cerf,
sanglier, aurochs...) ; encore nomade, il s'installe le temps
d'une saison sur son territoire de chasse : il n'est pas encore
dans le paradigme de la sédentarité (ère
Agro), mais il s'en rapproche ! Ce précédent
ne nous donne-t-il pas matière à réflexion
? Il ne s'agit pas de pousser l'analogie, par exemple en envisageant
les modèles économiques qu'induira le nouveau
changement climatique - culture de bananes en Sibérie...
- ou en se ralliant à toute autre forme de déterminisme
causal - de type c'est nous qui avons déréglé
le climat et nous devons rattraper le coup pour rétablir
l'ordre naturel... - car de tels raisonnements s'inscriraient
précisément dans la logique périmée
de l'ancien paradigme !
Ainsi une lecture de crise de type scénario C/ va bien
au-delà de l'optique crise de civilisation, qui
(comme d'ailleurs des lectures de type scénario D/) se
réduit à une crise du système (régime
démocratique et/ou économie de marché et/ou
pensée libérale et/ou autre approche de l'organisation
sociale). C'est bien une mutation de civilisation, au
sens où se combinent les mutations des environnements
et celles du système. En tout cas selon l'interprétation
proposée ici. Est-elle fatalement déraisonnable,
du simple fait qu'elle est rejetée sans examen depuis
un demi-siècle ? Et si Gaston Berger avait raison, ce
qui apparaît de plus en plus vraisemblable, voire évident...
Que de temps perdu, certes, mais surtout perseverare diabolicum...
Conséquences opérationnelles
De même que nos ancêtres chasseurs nomades ont
su trouver de nouveaux équilibres, notamment en devenant
agriculteurs sédentaires, saurons-nous - individuellement
et collectivement - trouver les conditions d'une nouvelle harmonie
dans ce nouveau contexte ? Harmonie et contexte qui relèvent
d'un nouveau paradigme, différent certes, mais dont nous
avons quelques clés
(aspirations
des personnes, complexité
systémique, dématérialisation...).
Là encore, cela suppose que nous cessions de nous croire
dans l'ancien contexte, donc d'utiliser ses références,
ses modes de fonctionnement et les raisonnements qui vont avec.
En commençant par relier ce qu'on persiste à
disjoindre : est-il raisonnable de continuer à traiter
isolément nos différentes "crises" ? Comme s'il
n'y avait pas de rapport entre (par exemple) la montée
du stress, les arbitrages entre vie personnelle, professionnelle
et sociale, l'appauvrissement des classes moyennes, la régulation
des marchés financiers, l'essor de l'économie
numérique, la tertiarisation de l'emploi, les délocalisations
industrielles, la décentralisation administrative, l'émergence
d'une nouvelle société civile, les archaïsmes
du système éducatif, la société
de la désinformation, la diversification des expressions
du fait religieux, les inconnues géostratégiques,
le gaspillage des ressources, la médiatisation des activités,
les crises sanitaires, les équilibres entre sécurité,
liberté et responsabilité...
Autre préalable, il faut cesser de tout aborder en termes
de "crise" et d'assimiler ce terme à "péril".
Inspirons-nous de l'idéogramme chinois, qui associe "menace"
et "opportunité" pour écrire "crise" :
tout dépend de notre état d'esprit (soyons positifs
!) et, une fois de plus, de nos références : si
nous restons dans le paradigme d'hier, de fait, nous sommes
menacés, de façon probablement irrémédiable.
Pourquoi renoncer à saisir les opportunités qu'offrent
ces mutations dans le nouveau paradigme ? Comme dans la crise
d'adolescence, tournons-nous vers l'état adulte plutôt
que vers un retour en enfance qui ne serait qu'illusoire, décevant...
et tout simplement impossible.
Mais que font les autorités - ou le patron, ou ceux
dont on attend qu'ils pensent pour nous ? Il appartient à
chacun de s'approprier ces questions et la recherche
de réponses, à partir de ses propres décryptages,
à tous les niveaux, dans la vie privée, professionnelle,
civique, associative, militante... C'est vrai, entend-on souvent,
mais on ne peut pas ramer à contre-courant ! Objection
: on peut. C'est un choix. Suivre le courant en est aussi un.
Il y a trente ou cinquante ans, le premier choix semblait hasardeux,
comme un saut dans l'inconnu. Aujourd'hui, il est plus facile
d'ouvrir les yeux, à condition de le vouloir.
On dispose d'importants moyens de connaissance et de méthode
(>> Prospective
pour tous), à condition de les saisir
et d'abord, de les vouloir - ce qui nous ramène au préalable
: désapprendre les anciennes références
- comme l'adolescent doit désapprendre l'enfance pour
trouver sa place dans son univers d'adulte. Bien sûr,
désapprendre ne signifie pas oublier, mais dépasser
(>> Apprendre
à désapprendre).
Think different !, nous dit le slogan. Mais ça
ne marche pas tant que cette pensée, même innovante,
reste dans l'ancien paradigme (>>
Exemple
e-book).
Nous y reviendrons dans cette chronique (>>
Sommaire)
et surtout, concrètement, nous y travaillons quotidiennement
avec nos clients et partenaires (>>
Savoir-voir,
savoir-être...). Et vous ? C'est vrai,
le monde sera ce que vous le ferez... mais le savez-vous
? Le voulez-vous ? En tout cas, vous le pouvez. Chacun a le
choix de regarder vers hier ; ou de regarder comme
hier ; ou de s'ouvrir à cet autre regard,
d'autant plus structuré que, en quelques décennies,
ses racines sont devenues solides et profondes (>>
Mutatio)
; ou encore de se rallier à toute autre option intermédiaire,
par exemple tendance superficielle ou tendance technicienne
(>> Entre
modes et méta-tendances, Contre
la prospective). Quel "retour sur investissement" attendre
de ces différentes options ? A chacun d'apprécier.
Jean-Pierre Quentin
Une suite >> Relations
entre acteurs, systèmes et environnements : Pump
up the volume
| Notre société en mutation connaît
des "crises de croissance" résultant
d'un décalage : la mutation de nos environnements
est plus intense que celle de nos systèmes.
Faute d'avoir été traité à
froid, le problème devient très chaud...
Ce n'est pas sur "les crises" qu'il faut
agir, mais sur les systèmes... >>
Lire |
|
PS - Après la crise d'adolescence, les amateurs de
métaphores ou d'analogies pourront stimuler le remue-méninges
en s'intéressant à la mutation de la chenille
(>> Chrysalide)
ou à celle de l'eau (>>
Vaporisation),
voire aux véhicules (>>
Cheval/tracteur)
ou à l'approche de mouvements sismiques (>>
Tsunami)... |
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