www.algoric.eu > livres > Mutation 2000, le tournant de la civilisation Résumé + liens . Résumé court . Plan . Presse .
-> Mutation 2000...Un livre de Jean-Pierre Quentin, Le Hameau, Paris, 1982 (texte intégral)

Toute vie qui s'immobilise, sur cette terre, devient cadavre
Edgar MORIN

Chap. 14 - INTRUMENTS ET MODE D'EMPLOI


Les instruments sont les technologies combinatoires, le mode d'emploi est fourni par l'innovation globale : technique et sociale, bien sûr, mais plus fondamentalement culturelle... [Voir résumé]


Peut-on réellement croire avec Charles Maurras que "l'institution durable à l'infini fait durer le meilleur de nous-mêmes" ? Le concept adapté à la socio-culture ne tendrait-il pas à être plutôt celui d'institution "biodégradable" ? Loin d'être une simple boutade, cette question est au cœur de nos interrogations : les institutions ne se préoccupent-elles pas trop souvent de leur pérennité au point de perdre de vue leurs finalités sociales ? Nos modes de pensée ne sont-ils pas conditionnés par des approches "mécaniques" et linéaires quand, pour s'adapter à la réalité actuelle, ils devraient être "biologiques", voire "bio-psycho-socio-logiques" ?

L'attitude prospective et la démarche systémique répondent à ce besoin, permettant de mettre en valeur respectivement les ressources les plus précieuses du temps et de la "matière grise" (énergie "morale" et information-organisation). Elles donnent à l'innovation sociale la méthode qui lui permet d'être pleinement le mode d'emploi de l'instrument privilégié qu'est l'innovation technologique. On précisera la nature des trois efforts simultanés qu'implique cette méthode pour voir ensuite que, finalement, l'innovation est un tout, avec ses composantes complémentaires et indissociables : technologique et sociale. Au préalable, il faut revenir sur l'enjeu de cette innovation.

-> Morales de comportementMorales de comportement
-> Un triple effortUn triple effort
-> L'innovation globaleL'innovation globale


Haut de la page Suite

Morales de comportement

voir aussi : essor des groupes, technocratie, aspirations des personnes... morale, éthique, déontologie...

N'étant régis par aucune "morale", les comportements des groupes entre eux ne sont pas toujours compatibles avec les comportements des personnes entre elles. "Tu ne tueras point" est une règle généralement acceptée et appliquée par les individus, mais il est parfaitement licite pour une entreprise de "tuer" un concurrent... L'une des manières de réintégrer dans l'action une dimension éthique pourrait être d'instaurer - dans les rapports des entreprises entre elles, des Etats entre eux, des divers organismes, par exemple socioprofessionnels, entre eux, mais aussi de ces divers types de groupes humains les uns avec les autres - des règles du jeu compatibles avec celles que la morale courante a réussi à établir entre les personnes.

Au moment de la formulation des Dix Commandements, à la descente du Sinaï, il n'a pas dû être simple de faire respecter la règle du jeu inscrite sur les Tables de la Loi. Mais un remarquable consensus s'est finalement formé autour du respect de la personne physique ("Tu ne tueras point"), de la propriété ("Tu ne voleras point"), du couple familial ("Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain"), des comportements sociaux fondamentaux ("Tu ne parjureras pas, tu adoreras un seul Dieu", etc.). Chacun n'est pas pour autant devenu parfait, mais il sait comment tous jugent sa conduite et, au plus profond de lui-même, accepte ce jugement.

Aujourd'hui, les puissances mises en jeu, à travers les techniques, par les entreprises ou les Etats, obligent à se référer à de nouveaux domaines d'action, à travers de nouveaux concepts. On sait par exemple comment l'environnement, les équilibres écologiques, ceux qui résultent de la démographie et des implantations rurales ou urbaines, peuvent s'assimiler à un patrimoine de l'humanité, qu'il faut protéger et développer par d'autres voies que celle de la simple appropriation. On en a d'ailleurs une illustration avec la - difficile - création d'un droit de la mer, qui fait appel à de nouveaux concepts dans un domaine nouveau. On sait que "l'équilibre de la terreur" modifie l'idée de la guerre "conventionnelle" - au point qu'on est décontenancé lorsqu'on redécouvre brutalement que celle-ci peut encore avoir lieu (en Afghanistan, aux Falklands ou ailleurs). Et que la notion de "prix de la vie" doit s'étendre au-delà de celle de "prix du sang". On sait que la notion d'investissement humain doit être prise en compte dans l'économie, comme celle de vie humaine l'est dans le droit civil ou pénal, alors qu'elle n'est estimée dans aucun bilan ni aucun budget. On sait que les obsolescences trop rapides créent des "désinvestissements" qui obèrent le développement de certaines branches d'activité. On parle des excès de la concurrence, opposés aux bienfaits de l'émulation et considérés comme aussi nocifs que les monopoles oligarchiques ou bureaucratiques. Mais pense-t-on que la façon dont deviennent apparents, évidents et condamnables les défauts de notre société - matériellement efficace - appelle l'instauration d'une règle du jeu, d'une "morale" courante, qui aiderait à y remédier ?

Les contraintes qui pourraient en découler et les résultats qu'on pourrait en attendre rapprocheraient sans doute les comportements des groupes de ce que sont les conduites de vie des personnes. Elles les rendraient plus compatibles, trouvant ainsi le chemin d'un retour vers un consensus des personnes à l'égard de l'organisation des sociétés. Mais une difficulté évidente est celle de la formulation des règles et de la connaissance des principes au nom desquels elles seraient édictées et appliquées. D'autant que, là encore, il faut bien distinguer les différents niveaux d'organisation. Revient-il à l'Etat de formuler les règles qui devraient régir les comportements des entreprises entre elles ? Obtiendrait-on une adhésion profonde des entreprises si une telle "morale de comportement" se présentait sous forme de lois ? Reviendrait-il alors à chaque Etat de formuler les règles qui, sur son territoire, régiraient ces comportements des entreprises entre elles ? Quant aux rapports des Etats entre eux, une telle démarche peut-elle être conçue sans que la supranationalité cesse d'être envisagée comme une utopie ?

En appeler ainsi à une morale des groupes revient à proposer la recherche d'un nouvel équilibre des libertés et des contraintes dans les rapports des groupes entre eux. Au plan des rapports entre les personnes, les contraintes imposées par le Décalogue (ne pas tuer, ne pas voler...) représentent finalement peu de chose par rapport aux libertés qu'elles ouvrent (du fait qu'on a réduit le risque d'être tué, volé...). Il en irait exactement de même au plan des rapports entre les groupes. Mais, en outre, c'est au plan des rapports entre les personnes et les groupes que les bouleversements seraient les plus fondamentaux. Car actuellement, le déséquilibre est tel que les libertés profitent surtout aux groupes et les contraintes s'appliquent avant tout aux individus...

Les libertés profitent aux groupes : les relations internationales en sont une illustration flagrante. La réalité internationale a profondément évolué depuis un siècle, avec l'arrivée de nouveaux acteurs (tels que les institutions interétatiques, les organisations non gouvernementales, les firmes multinationales ou les nouveaux Etats issus de la décolonisation) et de nouveaux types de relations, beaucoup plus complexes, entre ces multiples acteurs (qu'elles soient industrielles, commerciales, politiques, sociales, culturelles ou autres). Pourtant, on l'a vu, cette réalité est toujours interprétée - souvent implicitement - à la lumière de la théorie de l'état de nature [cf. chap. 4: on privilégie les relations entre Etats - et, de plus, c'est la loi de la jungle !

Les contraintes s'appliquent aux individus : l'évidence est telle qu'on n'insistera pas sur ce point, sinon pour souligner à nouveau la nécessité d'une compatibilité entre la personne et le personnage social, entre le citoyen et la société, entre le consommateur et le système de production... nécessité particulièrement vitale dans nos sociétés où les institutions demeurent finalisées sur des objectifs quantitatifs et spécialisés, qui correspondent de moins en moins aux aspirations et à la globalité des personnes. Nécessité d'autant plus vitale que l'impact social des technologies est désormais tel que, si l'on n'y prend garde, on verra se préciser le danger d'un asservissement de l'homme, non pas à la technique, comme on le dit trop souvent, mais aux groupes qui la mettent en œuvre, un tel asservissement débouchant indifféremment sur des situations anarchiques ou/puis totalitaires.

C'est pourquoi un nouvel équilibre des libertés et des contraintes est nécessaire pour rétablir la cohérence entre les conduites des groupes et celles des personnes. Il passe par une réflexion sur les finalités des groupes, de leurs institutions et de leurs systèmes. Car chacun d'eux a progressivement réduit son rôle social à une fonction privilégiée, se reposant sur d'autres pour assurer les autres fonctions, au lieu d'œuvrer ensemble à ce que, sans cesse, toutes les fonctions soient remplies et interconnectées, afin de se nourrir mutuellement. Chaque groupe a cédé à la tentation de l'efficacité à travers les moyens : spécialisation, adoption de finalités de plus en plus précises, de plus en plus limitées, de plus en plus matérielles. Ces moyens étaient certes adaptés au traitement des choses, en vue de parvenir à l'abondance matérielle. Mais ils ne correspondent pas au niveau de complexité exigé par la promotion des personnes et la satisfaction de leurs aspirations, et rendu possible par les instruments issus de la dématérialisation.

Les ambitions de l'innovation sociale ne se caractérisent donc pas par une modestie extrême. Dans le meilleur des cas, il s'agirait d'élaborer un nouveau Décalogue à l'usage des groupes ! Comme il convient d'être réaliste, on formulera plus "simplement" ces ambitions : dépasser les objectifs quantitatifs et spécialisés, pour que le plan des institutions rejoigne celui des aspirations des personnes, à partir d'une réflexion sur les finalités des groupes permettant, entre des institutions efficaces et des personnes exigeantes, un nouvel équilibre des libertés et des contraintes...


Haut de la page Suite

Un triple effort

Dans les institutions concernées, les responsables qui mettent en œuvre l'innovation sociale doivent accomplir simultanément plusieurs efforts qu'on peut grouper autour de trois lignes directrices : connaître la réalité des situations, faire évoluer les concepts et les finalités, interpeller l'environnement.

1 - Connaître la réalité des situations. Il faut s'attacher à bien connaître les caractéristiques spécifiques de l'institution concernée et celles de l'environnement qui seront affectées par l'innovation. La notion d'aspirations est ici essentielle, car parmi ces caractéristiques figurent en bonne place les spécificités des personnes, la diversité de leurs préoccupations, la nature de leurs motivations. La complexité doit être prise en compte, car toute action engagée à partir d'une vision partielle ou spécialisée des situations s'accompagne des germes de sa propre destruction. Le temps est une composante de cette réalité : en particulier, chaque organisme vit avec ses propres rythmes, qu'il serait néfaste de transgresser trop ouvertement. Quant à la dématérialisation, elle incite à prendre en compte les données non mesurables en termes quantitatifs, y compris celles qui peuvent relever davantage de processus irrationnels ou inconscients que de la connaissance, y compris également les ressources "immatérielles" en temps, énergie et information telles qu'on les a définies.

2 - Faire évoluer les concepts et les finalités. Cette connaissance de la réalité passe souvent par une évolution des concepts. Comme on l'a vu, ceux-ci ne sont pas figés. Et les "réponses" appropriées passent souvent par une reformulation des "questions", à partir d'une redéfinition des concepts. Pour cela, il importe de bien expliquer les finalités des institutions, systèmes, sous-systèmes. Et si la connaissance de la réalité des situations inclut la connaissance des finalités de l'action, on doit mesurer à quel point celles-ci peuvent et doivent évoluer - à partir d'une évolution des concepts qui les sous-tendent. La définition des finalités est bien sûr conditionnée par les ressources disponibles, temps, énergie, information. Là encore, les concepts de complexité, aspirations et dématérialisation nous aident, car ils permettent d'apprécier la nécessité de finalités plus qualitatives, moins spécialisées, davantage centrées sur la personne considérée dans sa globalité.

3 - Interpeller l'environnement. Connaissance de l'institution et de son environnement, réflexion sur les concepts et finalités, ces deux efforts n'auraient aucun effet si l'on cherchait à n'agir que sur l'institution elle-même. L'environnement exerce des contraintes sur cette institution ; inversement, il fournit des atouts, offre des opportunités au service de la démarche innovatrice à l'intérieur de l'institution. Il ne suffit donc pas de connaître ces contraintes et ces atouts, il faut également s'efforcer de les infléchir en vue d'assurer leur cohérence avec le projet d'innovation - sans perdre de vue la nécessaire cohérence de chacun de ces éléments avec les finalités de l'organisation sociale. C'est donc une démarche particulièrement délicate et complexe, car il s'agit de prendre en compte simultanément les finalités générales du système et les finalités particulières des sous-systèmes, sachant que toutes ces finalités sont différentes mais doivent demeurer compatibles entre elles.

Plus généralement, la difficulté de cette démarche innovatrice provient de la complémentarité de ces trois efforts : ceux-ci sont indissociables et l'on ne peut en négliger une partie ; ils doivent être menés simultanément compte tenu de leurs interactions mutuelles. Si ces efforts caractérisent la méthode de l'innovation sociale, ils sont naturellement appelés à être mis en œuvre conjointement avec l'innovation technologique qui, comme on l'a dit, en fournit les instruments.


Haut de la page Suite

L'innovation globale

-> Innovation globale et imagination stratégique...Certes, il n'existe pas nécessairement une relation directe entre innovation technologique et innovation sociale. L'assurance est une forme d'innovation sociale qui ne découle pas en droite ligne d'innovations technologiques. Indirectement, par contre, le "besoin" de souscrire une assurance croît parallèlement au développement de la complexité et à l'augmentation des ordres de grandeur qui résultent du progrès technologique.

Même si elle n'est pas directement évidente, la relation est très forte : le plus souvent, l'innovation technologique facilite l'innovation sociale, l'appelle et inversement est appelée par elle. Le phénomène n'est pas nouveau : l'innovation technique représentée par la roue n'a-t-elle pas induit diverses formes d'innovation sociale, ne serait-ce que par et pour la constitution de réseaux routiers ? Mais il prend une dimension particulière aujourd'hui, parce que le besoin d'innovations sociales devient beaucoup plus fort. Ce besoin est né d'une période où les innovations technologiques se sont massivement développées, insuffisamment accompagnées d'innovations sociales. L'organisation sociale n'a pas "suivi" l'organisation matérielle mise en œuvre pour développer et appliquer les innovations technologiques. D'où le "retard du politico-institutionnel" : on n'a pas perçu "à temps" que l'innovation technologique appelait l'innovation sociale.

Cet appel ne signifie pas pour autant qu'il existe une relation de causalité absolue et rigide entre les deux. Contrairement à une opinion répandue, l'innovation technologique n'impose pas une forme particulière d'organisation sociale. Car innover ne signifie pas seulement proposer des solutions. Il s'agit également d'insérer ces solutions dans la réalité des situations et de surmonter les réticences et résistances de ceux qui redoutent le changement. Ils s'y opposent alors que, bien souvent, ils seraient les premiers à en bénéficier.

Une occasion privilégiée d'innovation sociale : c'est particulièrement vrai pour les technologies combinatoires. Tels qu'ils sont conçus depuis plusieurs décennies, l'urbanisme et l'architecture déçoivent certaines aspirations essentielles des personnes. Or les nouvelles technologies de l'information nous obligent par exemple à repenser les systèmes de communication. Nous y obligent, et en même temps, nous donnent la possibilité de le faire en fonction des aspirations des personnes. A condition qu'on le veuille. C'est-à-dire à condition qu'on veuille transformer cette contrainte en opportunité. C'est-à-dire qu'on mette en œuvre les trois efforts simultanés qui définissent la méthode de l'innovation sociale. Les nouveaux matériaux offrent une opportunité semblable. Ils permettent de "penser" l'urbanisme et l'architecture en fonction des besoins et aspirations des personnes beaucoup plus qu'en fonction des seules contraintes matérielles. Là encore, à condition qu'on le veuille...

De même, le système éducatif est, à bien des égards, inadapté à la situation contemporaine, dans ses objectifs, ses méthodes, ses moyens. Il donne une formation spécialisée quand elle devrait être pluridisciplinaire, il ne répond pas aux besoins d'éducation et de formation "permanentes", etc. Parallèlement, les nouvelles technologies de l'information viennent le "révolutionner". Là encore, la contrainte peut être transformée en opportunité... Les nouvelles technologies aggravent l'épineux problème de l'emploi, au moment même où les personnes aspirent à consacrer davantage de temps aux loisirs, à la culture, au civisme, au moment également où les activités de la "société du temps libre" semblent porteuses de nouvelles formes de croissance. N'y a-t-il pas là matière à faire un effort de connaissance de la réalité des situations, de réflexion sur les finalités de l'action, d'interpellation de l'environnement ?

L'innovation aura d'autant plus de chances d'être "réussie" qu'elle combinera les aspects technologiques et sociaux, de façon cohérente et simultanée. A cette complémentarité structurelle et fonctionnelle, on ajoutera une complémentarité conceptuelle : les technologies combinatoires nous familiarisent avec les démarchent qui sous-tendent les trois efforts simultanés de l'innovation sociale.

En ce qui concerne la connaissance de la réalité des situations, les capacités accrues de traitement et de transmission de l'information sont certes très utiles. Mais on peut ajouter à cela que la dématérialisation croissante des technologies nous incite à adopter une vision plus qualitative de la réalité. Celle-ci est appréhendée de façon plus complète et plus fine qu'avec les seuls éléments d'appréciation quantitatifs, mesurables, rationnels... De plus, la mise en œuvre des technologies combinatoires dépend davantage des besoins de l'utilisateur que de leurs caractéristiques propres, ce qui suppose qu'on fasse un effort particulier pour connaître ces besoins...

La complexité inhérente aux technologies combinatoires nous familiarise avec la notion de système - c'est-à-dire avec la définition des finalités respectives des systèmes et des sous-systèmes, aspect essentiel du deuxième effort de la démarche innovatrice. De la même façon, la pluridisciplinarité qu'impliquent, à tous les niveaux, ces technologies, nous oblige à faire évoluer nos concepts : on découvre qu'il n'y a pas une rationalité ; que selon la façon dont on appréhende les choses, plusieurs rationalités peuvent être envisagées.

Enfin, l'impact de ces technologies est tel qu'on ne peut plus les mettre en œuvre sans étudier leurs conséquences, directes ou induites. Elles exigent un effort de prévision et d'évaluation technologiques qui nous prépare au troisième aspect de la méthode de l'innovation sociale, celui qui consiste à interpeller l'environnement.

Plutôt que d'innovation technologique, d'innovation sociale, voire d'innovation conceptuelle qui sous-tend cette dernière, on préférera donc parler d'innovation globale, avec ses diverses composantes. Parmi ces composantes, il en est une que je voudrais mentionner pour terminer ce livre consacré à l'évolution des sociétés occidentales, rédigé par un Occidental à l'intention de lecteurs en majorité occidentaux : il s'agit de la composante culturelle. Quelques "privilégiés" dont nous sommes pourraient-ils développer une "civilisation de la personne", une "civilisation de l'esprit", une "civilisation du temps libre" ou toute autre forme possible ou souhaitable que pourrait prendre la socio-culture, pendant que les trois quarts de l'humanité en seraient encore à s'efforcer de résoudre des problèmes de survie ? Indépendamment du problème moral qui est au cœur de cette question, le simple rappel de réalités d'évidence suffit pour en douter. Car les grands problèmes qui conditionnent l'humanité sont en fait mondiaux, qu'il s'agisse du progrès technologique, de l'utilisation des ressources de la planète, de la paix ou a fortiori de problèmes spécifiquement supranationaux comme ceux de l'espace ou des océans.

-> Interculturalité, multilinguisme, espéranto...Or jusqu'à présent ces problèmes étaient surtout posés par la civilisation occidentale avec ses propres critères. Cette situation a été bouleversée du fait de la prise de conscience progressive, par le monde non occidental, de la diversité de ses cultures et de leur apport possible et utile. Le monde occidental n'a pas su ou n'a pas voulu comprendre cette évolution, d'où l'inefficacité des solutions proposées, notamment en matière d'aide et de coopération. N'est-ce pas là que s'ouvre le champ le plus vaste et le plus ambitieux pour "l'innovation globale" ?



Haut de la page Suite

-> 25 ans, le bel âge !  ...








-> accueil... -> Accueil algoric.com... -> Accueil algoric.eu... -> Accueil algoric... -> Le plan du site... -> La Molécule... -> L'Abécédaire... -> L'imagier... -> Les épigraphes...

(c) Jean-Pierre Quentin . www.algoric.com . www.algoric.eu