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-> Mutation 2000...Un livre de Jean-Pierre Quentin, Le Hameau, Paris, 1982 (texte intégral)

Il ne faut pas douter de celui qui a peur ;
mais il faut avoir peur de celui qui te dit qu'il ne connaît pas le doute.
Haïkaï japonais

Chap. 10 - VERS LA SOCIO-CULTURE, ou l'ère Relatio


La situation actuelle résulte d'un enchaînement d'affrontements et d'alliances, depuis la préhistoire, entre l'homme, l'outil, l'organisation... [Voir résumé]


Je voudrais formuler ici une certitude et un acte de foi. La certitude, c'est que la mutation que nous vivons correspond à la période de transition entre la techno-culture [ère Techno] que nous quittons et la socio-culture [ère Relatio] vers laquelle nous marchons (le mot "culture" étant pris ici au sens le plus large de "civilisation" - voir précisions lexicales). C'est-à-dire que nous passons d'un état de la société où la principale "régulation" provenait de la technologie à un état de la société où l'Homme - en tant que personne physique et personnage social - tiendra ce rôle central.

Mais la certitude s'arrête là et le doute s'installe s'il s'agit d'affirmer que cet avenir sera peint en rose, en gris ou en noir. Tout dépendra de la voie que nous choisirons parmi les "mille sentiers de l'avenir". C'est là que se situe l'acte de foi - je veux croire que le gris probable pourra tendre le plus possible vers le rose - qui conditionne les développements de la IIIè partie, où sont évoquées certaines conditions "souhaitables" de valorisation des ressources dont nous disposons.

Il ne s'agit pas d'aller plus loin dans la certitude, car le reste relève d'interrogations "dont je veux bannir l'optimisme et le pessimisme, l'avenir des rêves fous et des ultimes catastrophes. Dont je veux bannir l'attitude infantile des lendemains qui chantent, de l'extinction des luttes sociales, du développement régulier de toutes les nations, de l'avènement de l'harmonie entre les sociétés humaines, de l'approfondissement de l'éthique par la connaissance scientifique. Dont je veux bannir l'attitude infantile de la peur des années mille, de la conviction de l'holocauste nucléaire, de la certitude de la pollution universelle, du rejet total de toutes les techniques qui mettent en cause les relations à notre corps, à notre intelligence, à l'espèce ou au cosmos..." (J. Lesourne, p. 11).

-> Après la techno-culture...Après la techno-culture
-> Autour de l'hommeAutour de l'homme


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Après la "techno-culture", ou ère Techno

Ainsi, l'actuelle mutation de la société dépasse la simple dimension technologique à laquelle elle est trop souvent réduite. Il s'agit plus profondément d'un changement qui affecte la civilisation, au moins aussi important que celui qui s'est produit à l'époque de la Révolution industrielle, celle-ci étant à la fois facteur et résultat de la civilisation scientifique et technique. Ce changement est peut-être même comparable dans sa portée, sinon dans sa nature, à celui qu'a connu la civilisation lorsqu'elle est passée du paléolithique au néolithique...

Malgré le caractère nécessairement simplificateur d'une telle classification, je qualifierai cette mutation de passage de la techno-culture [ère Techno] dans laquelle nous vivons encore à la socio-culture [ère Relatio] que préfigurent certaines évolutions actuelles. De la même façon, on considérera qu'avec la Révolution industrielle, la techno-culture avait succédé à une agro-culture, [ère Agro] elle-même précédée d'une paléo-culture [ère Paléo].

15 ans après... mise à jour terminologique (1997)
-> Après 25 ans, nouvelle reformulation...
Tout exercice de communication, particulièrement sur un tel sujet, oblige l'auteur à faire en permanence des arbitrages pour concilier fond et forme, rigueur et clarté.

Par souci de rigueur, lors de la rédaction du livre en 1982, j'ai baptisé nos "ères" en les affublant du suffixe "culture", au sens de "civilisation". C'était un peu lourd ; de plus, socio-culture prêtait à confusion (mais j'ai résisté contre "info-culture", qu'on m'a maintes fois proposé, inapproprié quant au fond), techno-culture aussi... et agro-culture était un peu déroutant.

Par souci de clarté, je les ai rebaptisées quelques années plus tard, selon cette règle de conversion : paléo-culture –› Paléo ; agro-culture –› Agro ; techno-culture –› Techno : socio-culture –› Relatio.

-> Hier... demain : une mutation "grave" ! ...De même, à l'approche de l'an 2000, la "Mutation 2000" est devenue Mutatio...

Voir aussi : Vue d'ensemble ... 25 ans de Mutation ... Un peu plus...

Cette interprétation repose sur l'observation de "turbulences", "signes extérieurs de changement", expression visible des transformations profondes que connaît la société dans ses différentes composantes aussi bien que dans les relations entre ces composantes : technologiques, économiques, sociales, culturelles, en particulier. Plus profondément encore, ces transformations concernent la représentation que l'homme se fait de ces phénomènes : la mutation affecte également les concepts [chap. 11].

Autre fondement de cette interprétation, dans ce monde en mouvement, un élément stable, "invariant", est à trouver dans l'homme lui-même. La principale "régulation" devant assurer la cohérence au sein du système social est alors à rechercher dans la compatibilité entre le bonheur des personnes et les finalités de l'organisation sociale - d'où le choix de l'expression "socio-culture", puis ère Relatio, pour qualifier ce "moment" de l'histoire de la civilisation.

-> Un paradigme de retard...

Plutôt que de parler de substitution de la socio-culture à la techno-culture, il serait plus exact de parler de passage progressif d'une étape de la civilisation où la techno-culture était dominante à une nouvelle étape où la socio-culture devient dominante. Pour ne prendre que cet exemple, la technique, devenant technologie, a pris une dimension telle qu'elle a bouleversé des "équilibres naturels". C'est pourquoi on a dû réagir, par des moyens aussi divers que la conception et l'élaboration de nouveaux types de réglementations, ou l'invention de technologies moins polluantes ou dépolluantes. Cet "apport" technologique de la techno-culture (les nuisances) a ainsi contribué à déterminer certaines caractéristiques des technologies (combinatoires) de la socio-culture...

Partant de là, on mesure à quel point l'éventail des avenirs possibles est ouvert. C'est particulièrement évident pour les nouvelles technologies de l'information qui, selon les conditions dans lesquelles elles seront mises en œuvre, peuvent répondre très favorablement aux besoins et aspirations individuels et sociaux ou, à l'opposé, déboucher sur de graves atteintes aux libertés individuelles et sur d'importantes distorsions sociales. Il en va de même pour les biotechnologies, comme le montrent les débats sur les problèmes d'acceptabilité sociale qu'elles soulèvent. Quant à l'impact possible des nouveaux matériaux sur l'organisation sociale, il suffit pour l'imaginer de penser à certains de ses principaux domaines d'application : architecture, automobile, sports, aéronautique... sans oublier qu'ils conditionnent les développements des biotechnologies et des technologies de l'information.

S'agissant d'un passage progressif et non d'une substitution pure et simple, l'émergence de la socio-culture n'exclut pas la persistance de technologies, concepts, mentalités, institutions, etc. issus de la techno-culture - et c'est cette coexistence qui rend particulièrement délicate la phase de transition où l'on passe d'un état "stable" de la société à prédominance "techno-culturelle" à un état "stable" à dominante "socio-culturelle". Cette progressivité permet d'ailleurs également la survivance de "restes" d'agro-culture - les activités agricoles traditionnelles étant encore significatives - et de "vestiges" de paléo-culture - car si la cueillette et la chasse ont laissé la place à l'agriculture et à l'élevage, la pêche, elle, subsiste dans son principe (simple "ramassage" de ressources naturelles), sinon dans ses modalités (utilisation de chalutiers, voire d'appareillages sophistiqués). On pourrait de même s'amuser à rechercher dans nos concepts, mentalités et institutions ce qui provient de ces différents âges. Mais ce qui importe, c'est que nos esprits, aussi bien que les technologies, intègrent déjà des éléments de la socio-culture, alors que nos institutions, avec leurs finalités et leurs règles de fonctionnement, demeurent pour l'essentiel celles qu'a façonnées la techno-culture.


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Autour de l'homme

Dans le prolongement des mutations précédentes (de la paléo-culture à l'agro-culture puis à la techno-culture), le passage à la socio-culture se traduit par une sorte d'inversion de la relation de l'homme avec son environnement : il a progressivement dominé les contraintes que celui-ci lui imposait et tend à devenir l'élément déterminant de régulation du système.

Voir aussi : 10 siècles de mutation des métiers...

La paléo-culture correspondait à un état de domination quasi absolue de l'Homme par la Nature. Avec l'agro-culture, la technique a commencé à apparaître de façon plus significative, prolongeant la force de l'Homme, rééquilibrant ainsi la relation Homme-Nature : la Nature continuait à "imposer ses lois" à l'Homme, mais celui-ci disposait en retour d'instruments pour agir sur elle. La techno-culture a vu s'instaurer une relation "triangulaire" entre l'Homme, la Nature et la Technique, progressivement devenue Technologie.

Corollaire de ces évolutions, les groupes sociaux ont pris une importance nouvelle, mais ils sont restés spécialisés, sans réelle "connexion" globale avec le reste du système. La régulation manquante à ce stade, c'est-à-dire aujourd'hui, est donc à trouver plus précisément dans un renforcement de la relation entre l'Homme et ces groupes, relation dont dépendent étroitement les autres relations (avec la Nature et la Technologie).

On verra comment cette régulation est conditionnée par l'innovation sociale, pour combler le "retard" des évolutions institutionnelles par rapport à d'autres changements plus rapides, technologiques, économiques, sociaux et culturels.

Car les institutions doivent s'adapter aux changements des valeurs. Le "Siècle des Lumières" a engendré une interrogation sur l'égalité devant la loi - devenue un des thèmes centraux de la Constitution américaine de 1787 comme de la Révolution française de 1789 et des bouleversements institutionnels qui ont suivi. A un autre niveau, les "Trente Glorieuses" ont engendré une interrogation sur l'égalité devant le partage des fruits de l'abondance économique, avec les conséquences qui en résultent sur l'organisation interne de l'entreprise et sur la définition des rôles respectifs de l'Etat et de l'entreprise dans la vie économique (passage progressif de "l'entreprise conquérante" à "l'Etat tutélaire"). Quelles "réponses" institutionnelles saurons-nous formuler face aux nouvelles valeurs qui à la fois contribuent à la mutation actuelle et en résultent ?

On découvre que la dématérialisation est un phénomène dont les conséquences ne sont pas nécessairement toujours maîtrisées. Elle dévalorise le quantitatif en lui substituant comme référence le qualitatif... sans l'avoir expérimenté, donc sans savoir ce qu'il est, ni ce à quoi il conduit. Elle détruit une hiérarchie ancestrale fondée sur la force physique ou l'habileté manuelle, au profit de l'appréciation de l'intelligence et de la connaissance - que par ailleurs l'on tend à surdimensionner sans s'attacher autant à d'autres éléments aussi immatériels (intuition, imagination, sensibilité, réflexion, etc.). Le changement des relations de l'homme avec son environnement s'est caractérisé, dans un premier temps, par une réduction du rôle du physique au profit de l'intelligence ; la prochaine étape sera-t-elle l'émergence d'une civilisation de la personne dans laquelle la qualité des relations interpersonnelles prendra le pas sur l'intelligence ?
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-> 25 ans, le bel âge !  ...








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