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Chap. 7
- TECHNOLOGIES COMBINATOIRES
| Quelles sont les caractéristiques
du modèle technologique de la 3è Révolution
industrielle ? Que ce n'est pas une 3è Révolution
industrielle ! C'est une rupture bien plus profonde. Mais
pas de panique, c'est bien mieux... [Voir résumé] |
"L'accélération de l'évolution technologique
est une caractéristique bien connue de notre société
industrielle, dont elle fonde l'idéologie du progrès
technique et du changement social. Depuis quelques
années, cette accélération semble provoquer
chez nombre d'observateurs du monde contemporain un vertige que
le vocabulaire évoque par certaines substitutions : explosion
à la place de progrès, mutation à
la place de changement..." (I.N.A., p. 26). Sans pour
autant succomber au vertige, on trouvera en effet des indices
de mutation dans les bases matérielles de l'activité
économique et sociale.
Ces bases peuvent être appréhendées
à partir de différents facteurs. Parmi les plus
fréquemment évoqués, retenons la maîtrise
d'une technologie, l'émergence d'une nouvelle source d'énergie
qui deviendra dominante ou encore la découverte de nouvelles
sortes de matières premières et de biens semi-finis
: on dira ainsi que la première Révolution industrielle
est celle de la machine à vapeur, du charbon et de l'acier,
la seconde celle de l'automobile, du pétrole et des industries
chimiques. Peut-on qualifier de façon aussi précise
l'avènement de la société post-industrielle
? Il n'y a pas une technologie dominante mais plusieurs (de l'électronique
et ses dérivés aux biotechnologies, pour ne retenir
que les plus souvent citées) ; on sait que l'énergie
de l'an 2000 ne sera ni le charbon, ni le nucléaire, ni
le solaire, ni la biomasse, ni telle ou telle autre ressource
mais une combinaison de ces différentes énergies
; de même pour les matières premières et les
biens semi-finis.
Pour tenter de caractériser notre mutation
à partir de ses bases matérielles, prenons le premier
de ces facteurs : au-delà de l'habituelle notion de "technologies
de pointe", sans signification, peut-on identifier ce
qui correspondrait à une nouvelle "vague" technologique,
après les deux "vagues" de la Révolution
industrielle ? En d'autres termes, y a-t-il un critère
qui mette en lumière une rupture entre celles-ci et
une éventuelle nouvelle "vague" ? Rappelons qu'on
a retenu comme critère majeur de la première Révolution
industrielle l'intervention massive d'innovations "traditionnelles"
(sans fondement scientifique) ayant donné lieu à
d'importantes applications industrielles, le critère de
la deuxième Révolution industrielle étant
l'apparition du progrès scientifique "en amont"
de ce processus.
Précisons dès maintenant que le
critère retenu pour la nouvelle "vague" est tel
qu'il permet précisément de parler de mutation
(c'est-à-dire de changement d'état) de la société
plutôt que d'une simple "troisième Révolution
industrielle" qui ne serait que le prolongement des évolutions
précédentes, à dominante scientifique et
technique. Car, intervenant à la fois "en amont"
et "en aval" du processus invention-innovation-applications,
ces technologies viennent en changer la nature, "bouclant
le système" par une implication beaucoup plus forte
que précédemment de l'organisation sociale.
On y reviendra dans les chapitres suivants.
Trois
familles
Demain,
la bio-industrie ?
Des
matériaux "dématérialisés"
Technologies
altruistes
Trois
familles
Ainsi, la notion de "technologies de pointe"
ne nous est d'aucune utilité. D'abord, où commence
et où s'arrête la pointe ? Ensuite, l'ensemble est
très hétérogène. On y trouve aussi
bien les dérivés de l'électronique, les satellites,
lanceurs et autres technologies spatiales, les biotechnologies,
tout ce qui s'applique à la valorisation des richesses
des océans ou des ressources énergétiques,
depuis les énergies "douces" jusqu'à la
fusion thermonucléaire contrôlée... On pourrait,
à la manière de Prévert, détailler
un tel inventaire dont il serait difficile de dégager un
critère commun. Pour ne retenir que cet exemple, on a pu
dire que l'originalité de ces technologies était
de modifier en priorité les procédés de fabrication
plutôt que les produits eux-mêmes. Faut-il alors considérer,
que ni le vidéodisque à laser, ni la navette spatiale
ne sont des "technologies de pointe" ?
On qualifiera
de "combinatoires" celles qui semblent incontestablement
relever d'une nouvelle génération ou vague
technologique. Avant de préciser le contenu de ce critère
qui les distingue, on peut les classer en trois familles :
- les nouvelles technologies de l'information, consistant
à traiter ou transmettre des informations alphanumériques
: il s'agit de l'électronique avec ses compléments
(comme le laser, les fibres optiques ou les automatismes) et ses
dérivés (informatique, bureautique, robotique, télématique,
vidéodisque...) ;
- les nouvelles biotechnologies : nouvelles au sens où
elles reposent sur les progrès récents réalisés
en matière de biologie cellulaire, de génétique,
d'enzymologie ou de recombinaison de l'ADN, par opposition aux
biotechniques plus traditionnellement utilisées dans des
processus industriels ou agricoles classiques ;
- les nouveaux matériaux, qu'il convient d'identifier
à partir d'un point de vue fonctionnel plutôt que
catégoriel, en ce sens qu'ils sont choisis et élaborés
en fonction de qualités qu'on en attend plutôt que
de leurs propres spécificités.
Inutile de présenter ici les nouvelles technologies
de l'information, dont il est partout question et que chacun commence
à rencontrer dans sa vie quotidienne. Elles sont supposées
connues, même s'il est exact qu'"une révolution
technologique, déclenchée par la miniaturisation
de l'ordinateur, est en train de se produire et personne ou presque
ne le sait" (B. Lussato, p. 11). On s'arrêtera davantage
sur les deux autres familles...
Demain,
la bio-industrie ?
Les découvertes dans les sciences de la vie
constituent une des conquêtes scientifiques majeures de
notre siècle. Leurs applications sont potentiellement considérables,
ce qui n'est pas toujours clairement perçu, car nous ne
faisons qu'entrer dans l'ère des biotechnologies ; leur
stade de développement vers 1990 pourrait correspondre
à 1960 pour l'informatique... L'enjeu est énorme
: il n'est pas seulement scientifique (meilleure compréhension
des structures et des phénomènes), mais aussi économique
et social, car les applications de ces technologies affecteront
des domaines aussi divers et essentiels que l'alimentation et
la santé humaines et animales, l'extraction et l'utilisation
rationnelle des ressources énergétiques et minérales,
la chimie et le traitement des pollutions... Elles sont appelées
à bouleverser substantiellement le paysage industriel et
à modifier sensiblement notre environnement familier. Les
biotechnologies concernent d'abord tout ce qu'on peut faire d'utile
avec des micro-organismes ; par la suite, elles s'étendront
probablement à l'utilisation des procédés
qui naîtront de ce premier stade. Leur utilisation comme
matières premières ou leur exploitation dans un
processus de production caractérise les bio-industries.
Les biotechniques existent depuis très
longtemps : dès l'Antiquité, elles ont permis à
l'homme de se nourrir de pain, de vin, de fromage. Le passage
de la phase traditionnelle à la phase technologique, amorcé
avec la fermentation de la bière en 1880, est devenu complet
au milieu du XXè siècle avec l'apparition des antibiotiques
(Fleming a découvert la pénicilline en 1928), les
protéines de pétrole, etc. Une nouvelle phase est
en train de s'ouvrir grâce à d'importants progrès
théoriques et à la multiplication des applications
à de nombreux domaines. Certes, "il n'existe pas de
bio-industrie" (J.C. Pelissolo, p. 14)... du moins pas encore.
Il existe seulement des secteurs industriels utilisant, ou susceptibles
d'utiliser dans l'avenir, les outils de la biotechnologie. En
effet, les bio-industries se définissent moins par la nature
de leurs produits (pharmaceutiques, alimentaires, énergétiques
ou autres) que par l'utilisation de matières premières
et d'agents biologiques, végétaux et microbes, et
par leur mode de production, qui exploite le processus du vivant.
Si la bio-industrie n'existe pas encore, elle pourrait naître,
d'ici 15 à 20 ans, de la rencontre entre les quatre grandes
filières biotechnologiques et les diverses applications
industrielles. On peut donc envisager à moyen terme l'émergence
d'entreprises qui déploieront leur activité dans
ce domaine, en maîtrisant ses différentes composantes,
comme cela se produit actuellement dans le domaine des technologies
de l'information.
Parmi les quatre grands filières, deux sont
"traditionnelles" : d'une part, la fermentation,
qui consiste à transformer la matière organique
(en général le glucose, la cellulose et l'amidon)
à l'aide de micro-organismes ; d'autre part, les cultures
cellulaires, assurant la croissance et la multiplication de
cellules ou de micro-organismes utilisés en tant que tels
(comme les protéines de pétrole). Les innovations
majeures qui sont à l'origine du saut technologique actuel
relèvent principalement des deux autres filières
:
- le génie enzymatique, qui a pour objet de permettre
l'utilisation d'une enzyme aux fins de catalyser une réaction
chimique. Dans la production de sucre, par exemple, un procédé
enzymatique permet une production de 30 à 40 % supérieure,
en deux fois moins de temps, moyennant une consommation énergétique
réduite de 20 à 30 %, à partir d'une même
quantité de cannes ou de betteraves ;
- le génie génétique, qui tend à
particulariser, spécifier ou modifier le patrimoine génétique
d'une cellule ou d'un micro-organisme en vue de son utilisation
propre ou pour l'obtention de produits spécifiques. On
envisage par exemple de fabriquer des médicaments "sur
mesure" grâce à la "pharmacogénétique",
industrie nouvelle capable de produire des médicaments
adaptés non seulement aux maladies à combattre,
mais également aux caractéristiques individuelles
des patients à traiter.
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Des
matériaux "dématérialisés"
Cette capacité d'adaptation aux besoins
spécifiques de l'utilisateur est également une des
grandes caractéristiques des nouveaux matériaux
: on s'oriente vers la libération des contraintes qu'imposaient
les matériaux "naturels" (le bois, la pierre,
etc.) ou même des matériaux plus élaborés
(métalliques, plastiques, composites et autres matériaux
"classiques"). Il n'est qu'apparemment paradoxal d'affirmer
que les matériaux eux-mêmes se "dématérialisent",
car leur conception ou leur mise en uvre font de plus en
plus appel à la matière grise. Ainsi, les calculs
théoriques prennent une part croissante dans leur choix
et leur élaboration. Autre illustration de leur "dématérialisation"
: l'utilisation, dans la masse, de matériaux moins performants,
car moins alliés, donc moins coûteux, compensée
par une combinaison avec des traitements de surface ou placages
plus sophistiqués, conférant des propriétés
particulières aux zones les plus sollicitées. Finalement,
ce qui distingue les nouveaux matériaux, c'est aussi le
fait qu'ils puissent être désormais considérés
comme des technologies à part entière, comme peut
le faire apparaître un rapide tour d'horizon des principaux
types de matériaux concernés.
Les matériaux métalliques
eux-mêmes, bien qu'ils soient sûrement les moins affectés
par cette tendance, n'y échappent pas. Parmi les multiples
données qui influencent de plus en plus leur "gestion",
on peut penser aux changements de matière plus fréquents,
motivés notamment par des évolutions rapides du
coût des éléments d'alliage, ou à l'"utilisation
de nouvelles technologies de mise en forme, d'usinage ou d'assemblage
énergétiquement plus rentable ou plus facilement
automatisable, et donc (à la) prise en compte des règles
de conception qu'elles impliquent" (U.I.M.M., p.12).
Pour les plastiques, la tendance est plus
nette. L'époque ou ils étaient considérés
comme des ersatz ou produits de substitution est révolue.
"Matière plastique devient de plus en plus fréquemment
synonyme de matériau de pointe et cette orientation fortement
amorcée depuis au moins une décennie ne fera que
s'accentuer au cours des prochaines années. C'est en effet
à un véritable changement de braquet auquel on va
assister à très bref délai. Non seulement
parce que les quantités de matières plastiques produites
et utilisées vont augmenter, mais surtout, parce que les
qualités de ces produits vont subir des modifications profondes
par rapport à ce que nous connaissons actuellement. Déjà,
aussi bien pour certaines productions de pointe (aéronautique
et espace, notamment), que dans le cadre des développements
en cours dans les laboratoires, les "nouveaux matériaux"
à base de résines possèdent des performances
étonnantes tant au point de vue résistance mécanique
que tenue aux hautes températures" (J. Pellandini,
Les Echos, 3.6.82). Une telle évolution est due à
un ensemble d'évolutions technologiques, dont certaines
viennent de la chimie (par la mise au point de nouveaux plastiques)
et d'autres résultent de l'association avec d'autres types
de matériaux (fibres de verre et autres composites, ou
carbone-carbone, en particulier).
La tendance à la dématérialisation
est flagrante dans le cas de certains composites. Bien
que cette notion recouvre des formules diverses (du béton
armé au bois lamellé en passant par le cuir artificiel),
le terme tend à désigner seulement "les matériaux
constitués d'une armature filamentaire résistante,
maintenue en forme par un liant organique. Le domaine s'étend
lui-même depuis les applications de grande diffusion à
fibres de verre dispersées, jusqu'aux structures à
hautes performances armées de filaments de bore, de carbone
qui, aujourd'hui, concurrencent les métaux sur le plan
de la tenue mécanique" (U.I.M.M., p. 16).
Enfin, cette tendance affecte de nombreux autres
matériaux. Certains d'entre eux, pour être connus
depuis longtemps (les chaux, ciments et assimilés ou le
verre et ses dérivés, par exemple), n'en sont pas
moins sujets à des perfectionnements constants de leurs
performances, qui améliorent et diversifient leurs applications.
D'autres, dont l'usage est, ou était naguère, relativement
peu répandu ou très spécialisé, connaissent
un développement fulgurant de leurs utilisations. Citons
simplement, dans la famille des produits carbonés, le cas
du graphite, apprécié notamment pour sa qualité
de bon conducteur thermique et électrique, son inertie
à la plupart des agents chimiques (non oxydants), ses relatives
facilités de mise en uvre (il "s'usine comme
le bois", son collage est couramment pratiqué) ou
encore son bas prix de revient, qui lui permet de concurrencer
des matériaux plus nobles.
Une revue plus détaillée des évolutions
technologiques qui permettent de parler de "nouveaux"
matériaux deviendrait rapidement fastidieuse. On n'évoquera
donc ni les céramiques, ni les multiples terres
rares, ni bien d'autres qui auraient également mérité
d'être mentionnés. Précisons simplement qu'il
n'y aurait pas aujourd'hui d'Airbus sans titane, ni de centrales
nucléaires sans uranium enrichi ou sans plutonium, et pas
davantage d'électronique sans silicium, en, attendant que
de nouveaux venus comme l'arsenure de gallium déterminent
les capacités d'innovation des électroniciens. Mais
il faut souligner que ce contrôle des matériaux sur
l'ensemble des techniques se confirme, aussi dans des domaines
plus traditionnels, plus importants peut-être au regard
de la compétitivité et de l'emploi. L'évolution
récente des recherches, les problèmes concernant
l'énergie et les économies de matières premières
et la concurrence accrue dans des secteurs classiques (métallurgie,
mécanique, textile) conduisent à prévoir
l'importance et le développement dans les vingt prochaines
années, des composants solides (ou plus ou moins fluides).
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Technologies
altruistes
Nouveaux matériaux, technologies de l'information
et biotechnologies semblent donc constituer une nouvelle génération
technologique, qui apparaît radicalement différente
des précédentes par les spécificités
de mise en uvre de ces trois familles et par le degré
d'ouverture de leurs possibilités d'applications. Car elles
sont essentiellement combinatoires, en ce sens qu'elles sont
peu susceptibles d'applications directes significatives de leurs
divers composants, sans combinaisons : comme on l'a vu, les nouveaux
matériaux consistent en de multiples formes d'association
de différents types de matériaux ; les nouvelles
biotechnologies sont par essence appelées à être
mises en uvre de façon systémique ; de même,
chaque élément des nouvelles technologies de l'information
(conception assistée par ordinateur, bureautique, vidéocommunication...)
a pour vocation d'être relié à d'autres, chaque
connexion ayant pour effet de démultiplier encore ses possibilités.
Ces technologies sont donc intrinsèquement combinatoires.
Mais elles le sont aussi extrinsèquement : elles
sont "altruistes", ce qui permet d'envisager une grande
variété d'applications et de développements
sans limites, dans un processus cumulatif.
Les combinaisons s'effectuent d'abord entre
ces trois familles technologiques. Les développements de
l'électronique sont conditionnés par les nouveaux
matériaux (du silicium pour les microprocesseurs au gadolinium
pour les mémoires à bulle) et réciproquement
(les ordinateurs sont indispensables pour l'élaboration
et la mise en uvre de matériaux complexes). Les expérimentations
ou les applications industrielles des biotechnologies requièrent
un large recours à l'informatique, ainsi que des appareillages
sophistiqués dont la fabrication nécessite de nouveaux
matériaux. Les prothèses implantables ont fait des
progrès fulgurants depuis qu'elles combinent les ressources
de ces trois familles. On pourrait à n'en plus finir multiplier
les exemples de combinaisons déjà réalisées,
ou se propulser dans l'avenir en évoquant des perspectives
comme celles qu'ouvre la "biotique" ou la "bio-informatique"...
Les combinaisons s'effectuent aussi avec
d'autres types de technologies, plus traditionnelles, pour
leur donner une nouvelle dimension. On a mentionné les
bouleversements qu'impliqueraient les biotechnologies dans des
domaines aussi divers que l'agro-alimentaire, la chimie ou l'énergie.
De tels bouleversements sont déjà observés
avec l'introduction des nouvelles technologies de l'information
dans pratiquement tous les secteurs d'activité - et ce
n'est qu'un début... De la même façon, une
meilleure maîtrise des matériaux fera certainement
évoluer des secteurs plus diversifiés et souvent
traditionnels comme la métallurgie et la mécanique,
les verres et les céramiques, les plastiques et le caoutchouc,
la chimie fine, qui intéressent les transports et l'habitat
mais aussi les machines-outils et l'instrumentation ainsi que
la fabrication d'objets de la vie courante. Elle peut aider à
rénover des secteurs où la recherche est encore
assez faible, touchant notamment l'emballage et l'ameublement,
comme les textiles, les industries du bois et du papier, les peintures
et les détergents. Enfin, elle affecte les sciences de
la vie (produits pharmaceutiques, prothèses médicales,
industries alimentaires).
C'est d'ailleurs la non-perception de cet aspect
extrinsèquement combinatoire de notre nouvelle vague technologique
qui est à l'origine du flou de la notion fréquemment
utilisée de "technologies de pointe". Ainsi,
les énergies nouvelles, les technologies de l'espace ou
des océans et bien d'autres ont pu être considérées
comme appartenant à une nouvelle génération,
alors qu'il serait certainement plus exact d'y voir des applications
de ces nouvelles possibilités de combinaisons. La biomasse
résulte de combinaisons nouvelles permises par les biotechnologies,
au même titre que la conquête spatiale ou l'exploitation
des ressources des océans découlent de la combinaison
de l'électronique, de nouveaux matériaux et de technologies
plus traditionnelles. Et l'on retrouve le processus cumulatif
auquel il a été fait allusion : une des retombées
de la conquête spatiale sera probablement la métallurgie
dans l'espace, qui permettra de fabriquer en apesanteur des matériaux
qui ne pourraient l'être sur terre, ou seulement dans des
conditions économiques beaucoup plus défavorables...
Les technologies combinatoires se démarquent
donc des précédentes générations par
bien des aspects, à commencer par une beaucoup plus forte
dématérialisation et une extrême complexité.
Une autre originalité, qui n'est pas des moindres, est
qu'elles sont potentiellement à même de contribuer
à beaucoup mieux satisfaire les nouvelles aspirations
plus qualitatives des personnes. En effet, on verra qu'elles peuvent
également aider à combiner la création de
valeur ajoutée économique et de valeur ajoutée
sociale. Mais un préalable consistait précisément
à ne pas se laisser abuser par le foisonnement désordonné
des "technologies de pointe", qui peut amener à
se demander "comment faire un usage rationnel et adapté
à l'homme d'une technologie puissante et proliférante".
Alors que l'identification des technologies combinatoires permet
de les envisager comme des instruments au sens le plus
élevé du terme.
En effet, ces technologies sont non seulement
complexes en elles-mêmes, mais aussi elles contribuent
à la fois à accroître la complexité
du système économique et social dans lequel
elles s'inscrivent et à permettre de maîtriser
cette complexité, car la quantité d'information
et d'organisation qui y correspond modifie plus encore la nature
que la dimension de leurs possibilités d'applications.
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