www.algoric.eu . JPQ / L'Express 5 décembre 1986 (extraits) PDF (2.4 Mo)
   
-> Vues prospectives à 15 ans... Perspectives économiques mondiales
Colloque L'Express du 10 novembre 1986
Session d'analyse prospective
Introduction de Jean-Pierre Quentin


20 ans après... il nous a paru utile de publier le début de ce rapport, sans changer une ligne.
Qu'a-t-on fait entre-temps ? Quelles conclusions en tirer pour la suite ? A vous de juger...

Dans ce dossier : l'introduction de JP Quentin (Tendances ; 3 grands axes ; 7 portes d'entrée) et certains encadrés publiés (technologie ; services ; communication ; finance ; Europe), ainsi qu'une présentation du colloque.
Voir aussi le PDF (2.4 Mo).
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  -> Vues prospectives à 15 ans...
Contexte : le colloque du 10 novembre 1986

Perspectives pour 1987... et au-delà : dans un monde où dominent incertitude et changement, quels sont les faits et tendances significatifs ? Pour s'y retrouver dans l'écheveau mêlé des paramètres du court et du long terme, l'Express a demandé à 15 experts internationaux d'en débattre à partir de 2 rapports introductifs. Jean-Jacques Rosa rassemble et met en perspective les faits majeurs pour 1987. Jean-Pierre Quentin fait une prospective des tendances lourdes qui modifient lentement, mais en profondeur, notre société. >> Tendances


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Zoom sur la photo de famille
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-> Vues prospectives à 15 ans... Tendances


Les perspectives mondiales pour 1987 sont conditionnées par des données conjoncturelles de production, d'emploi, d'inflation, etc. mais aussi par des "tendances lourdes" à moyen et long terme, dont les effets visibles apparaîtront progressivement dans les 15 années qui nous séparent de l'an 2000, mais dont certaines manifestations émergent dés maintenant et se développeront dans les prochains mois. Toute la difficulté est de distinguer, dans les tendances qui se dessinent, ce qui est significatif d'évolutions importantes et durables, de ce qui n'apparaîtra plus tard que comme des péripéties mineures ou des phénomènes superficiels.

Un tel exercice est évidemment plus facile a posteriori, avec le recul de l'expérience vécue. Ainsi, faite aujourd'hui, la recherche de tendances lourdes d'il y a 25 ans, vers 1960, fait apparaître la notion centrale de croissance : dans le cadre d'une adhésion implicite aux vertus du capitalisme et de la démocratie "à l'occidentale", on était en pleine phase ascendante des Trente Glorieuses, avec une croissance économique comme on n'en avait jamais connue, dans un contexte de paix relative ; des progrès technologiques accélérés et tous azimuts ; une énergie (pétrole + électricité + autres) abondante, bon marché, beaucoup plus souple, performante et diversifiée que l'énergie dominante des périodes antérieures (bois, puis charbon, puis pétrole) ; une construction européenne enfin décidée, avec des réalisations spectaculaires ; un niveau de vie en amélioration rapide avec l'apparition constante de nouveaux besoins immédiatement satisfaits...

Vers 1975, il s'agissait plutôt de crise : doute post-soixante huitard sur les valeurs de l'Occident, accru par l'enlisement au Viêt-nam ; arrêt des grands projets de l'ère de la technologie triomphale (Aérotrain, Concorde, conquête spatiale...) ; mise en cause du nucléaire et chocs pétroliers ; Europe en panne ; aspirations "qualitatives" ressenties comme incompatibles avec la. civilisation matérielle... Plus généralement, les désillusions du progrès succédaient au grand espoir du XXè siècle.

Ce regard en arrière peut éclairer nos tendances lourdes actuelles, car il montre bien que nous avons vécu une période de formidables mutations dans tous les domaines : technologie, économie, mentalités, organisation sociale, etc. S'il faut se risquer à une hypothèse pour les années à venir, disons qu'aujourd'hui nous sommes engagés dans une phase de recombinaison des éléments touchés par ces mutations, sur des bases totalement nouvelles : c'est la fin des habitudes...
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-> Vues prospectives à 15 ans... 1 - Trois grands axes

1.1. Un changement a déjà eu lieu

Un premier axe de ces tendances lourdes est implicite dans ce qui précède : les mutations ne sont pas devant nous, mais derrière ; nous avons désormais à en tirer les conséquences - d'où la notion de recombinaison. Comme l'écrit Peter Drucker (Foreign Affairs, printemps 86) : "On parle beaucoup aujourd'hui du changement en train de s'opérer dans l'économie mondiale. En réalité, le changement a déjà eu lieu… Au cours de la dernière décennie, trois changements fondamentaux sont intervenus :
- il n'y a plus interdépendance entre la production des matières premières et celle des industries,
- dans l'industrie, la production n'est plus liée à l'emploi,
- les mouvements de capitaux ont remplacé le négoce en tant que moteur de l'économie.

Ces changements sont irréversibles et non pas cycliques. Il se peut… que les théoriciens mettent très longtemps à les accepter… Ils auront surtout du mal à admettre qu'il faut raisonner sur une échelle globale et non plus sur les phénomènes macro-économiques à l'échelle des pays. C'est pourtant ce que nous ont enseigné les réussites des vingt dernières années… Les hommes de terrain, qu'ils soient au gouvernement ou dans les affaires, n'ont pas le temps d'attendre des théories. Ils doivent agir et ils agiront d'autant mieux qu'ils se baseront sur les nouvelles réalités de l'économie mondiale."

1.2. Mondialisation et globalisation

Le 2è axe est maintenant assez largement admis : la dimension nationale s'efface devant la mondialisation ou la globalisation des activités. C'est vrai de la production comme surtout des échanges : les frontières éclatent devant les flux massifs de personnes, de biens, de services, de capitaux, d'informations... La dimension mondiale devient une réalité quotidienne pour un nombre de plus en plus considérable de personnes. Cette tendance était largement engagée depuis plusieurs années, avec la multiplication des produits made in ailleurs, des vacances à l'étranger, etc. Mais ce phénomène a brutalement pris des proportions telles qu'on passe d'une situation où certains étaient en relation avec l'étranger à une situation où chacun est en prise directe sur le monde, dont l'horizon se substitue à celui de l'hexagone.

1.3. Rôle croissant des acteurs privés

Enfin, retenons comme 3è axe les relations micro-macro, avec le rôle croissant des acteurs privés dans les régulations macro-économiques, sociales et culturelles.

Il ne s'agit pas nécessairement de la disparition des institutions publiques, mais plutôt d'une redéfinition fondamentale de leurs fonctions, comparable à celle qu'on a connue au début du siècle avec l'émergence de l'Etat-providence. De même que l'entreprise a compris que son encadrement devait animer, orienter, coordonner... une base plus autonome, responsable et créative, de même on est en train de découvrir que les pouvoirs publics doivent adopter une attitude similaire vis à vis de la "base" que sont les particuliers, entreprises, associations et autres acteurs privés. Ce qui ne signifie pas qu'on évolue vers l'anarchie : ils doivent sortir du jeu, mais pour se mettre en position d'arbitres, garants de l'application des règles du jeu. Cette nouvelle régulation micro-macro apparaît - ou du moins sa nécessité se fait sentir - dans des domaines aussi divers que les finances, les télécommunications, la télévision, l'éducation, la santé, la protection sociale... Elle apparaît aussi bien à l'échelle mondiale qu'à l'échelon national - si tant est, comme on l'a vu, que celui-ci reste "en prise" sur des phénomènes qui lui échappent de plus en plus.
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-> Vues prospectives à 15 ans... 2 - Sept portes d'entrée



Pour aborder le débat sur ces tendances lourdes, les entrées sont multiples. Retenons-en quelques-unes, quitte à ce que la discussion en fasse disparaître certaines et apparaître d'autres.

• Les bases matérielles des échanges

[1] Energie et matières premières agricoles et minérales : moins de dépendance... mais plus d'interdépendance ? Dans l'espace : le nucléaire nous affranchit de la dépendance vis à vis des producteurs de pétrole - mais Tchernobyl illustre brutalement l'interdépendance inéluctable. Dans le temps : le prix du pétrole baisse et réduit aujourd'hui la pression des producteurs - pour l'accroître demain d'autant plus fortement que la baisse aura été durable.

Plus fondamentalement, la matière grise devient la matière première stratégique. Du brain-drain aux nouvelles activités tertiaires, en passant par les nouvelles technologies économes en matières premières et permettant la délocalisation des activités, il reste vrai qu'il n'est richesse ni force que d'hommes - mais désormais par leur tête plus que par leurs bras. Comme le déclarait récemment un industriel japonais : "Celui qui dominera les logiciels, dominera le monde".

[2] Technologies : est-ce qu'on attend de nouvelles ruptures majeures, comparables à ce qu'ont permis le transistor (et ses dérivés), l'ADN ou les matériaux composites ? Probablement pas. Par contre, on entre dans une période d'applications massives, tous azimuts, de ces nouvelles technologies. Après quelques progrès déterminants dans la recherche fondamentale, nous arrivons au moment où les développements et applications vont jouer à plein, notamment pour les technologies de l'information et les nouveaux matériaux. Quand les mutations technologiques se faisaient principalement dans les laboratoires, elles n'intéressaient que notre curiosité intellectuelle. A partir du moment où elles irriguent tout, nos modes de vie sont concernés et nous sommes intéressés aussi bien en tant que consommateurs (nouveaux produits et services) que travailleurs (nouveaux, process, nouvelles conditions de travail, nouveaux modes d'organisation, nouveaux métiers).

Notons que, dans le domaine des biotechnologies en particulier, les perspectives sont moins conditionnées par les paramètres techniques et économiques que par des considérations politiques et sociales. "La morale et la politique sont en retard sur la science. Les progrès de la génétique moléculaire et des biotechnologies ont été fulgurants au cours de ces trois dernières années. Les hommes disposent pour la première fois dans leur évolution du redoutable pouvoir de modifier leur propre hérédité. Pour traiter d'abord des maladies graves. Pour améliorer ensuite des espèces végétales et animales. Jusqu'où iront-ils ? Face à des avancées scientifiques qui concernent aujourd'hui l'espèce humaine tout entière, il est temps de réfléchir non seulement aux limites possibles mais aussi à celles que l'on jugerait souhaitables" (Joël de Rosnay - Le cerveau planétaire, p. 78-79).

Les "nœuds" modernes

[3] Géofinance (cf. Charles Goldfinger). Après le choc pétrolier, la décennie 1980 sera-t-elle celle du choc financier, au confluent de :
- la globalisation de l'argent et des marchés,
- l'irruption de la monnaie et de la banque électroniques,
- la déréglementation des banques et des services financiers.

De nombreuses questions découlent de la substitution de la mobilité des capitaux à celle des produits. Quid de l'avenir des pays qui maintiennent une réglementation des changes ? A quoi serviront demain le GATT et autres institutions et instruments publics ? Plus généralement, faute d'une déréglementation voulue, quels seraient les désordres subis ? [voir encadré]

[4] Communication : enjeux culturels, financiers, technologiques... de la combinaison de :
- la mondialisation des marchés,
- l'essor de nouveaux médias, en particulier la télévision par satellite,
- la mutation de la publicité (notamment la. tendance au gigantisme, tant des annonceurs que des agences).
[voir encadré]

[5] Europe : eurodynamisme ou eurodéclin... ou l'eurodéclin des institutions publiques - le (mythe du ?) grand marché européen en 1992, les normes introuvables, l'impasse budgétaire, le feuilleton de la politique agricole commune - face à l'eurodynamisme des entreprises - accords interentreprises, opérations financières, usages privés de l'écu, Tunnel sous la Manche...


[6] Nouveaux services et productivité industrielle
: vers une désindustrialisation de l'économie - ou simplement de l'emploi ? [voir encadré].

Small is beautiful : au niveau des unités de production, certainement - mais, notamment pour mobiliser massivement des capitaux, les grandes entreprises ont encore un bel avenir (avec pour condition la mise en œuvre de nouvelles formes d'organisation et management).


[7] Des instruments de mesure inadaptés
(d'où une interrogation sur la pertinence des conclusions qu'on en tire) : avec l'essor de nouveaux "invisibles", la balance commerciale, celle des paiements et autres agrégats de comptabilité nationale ne mesurent plus la réalité des échanges actuels. A titre de comparaison : quelle serait la signification de peser ou mesurer un composant électronique ou un logiciel pour déterminer sa valeur, comme on pouvait le faire d'un stock d'or ou d'un bateau...

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-> Vues prospectives à 15 ans... 3 - Les données prospectives



[annexes non reproduites ici]
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