www.algoric.com . JPQ / Equal-Gepetto décembre 2005  
 
5d. La collectivité doit assumer son rôle :
gouvernance, optimisation…

Pour mieux percevoir la portée de ces évolutions, prenons une analogie avec une situation relevant des mêmes processus, mais dont les expressions sont plus simples : la sophistication progressive de l'organisation d'un service public de transport des personnes.

Témoignage d'un maire :

Notre commune est la plus petite de la CommAgglo (communauté d'agglomération) et la plus excentrée. Autrefois, nous devions financer un service d'autocars pour emmener collégiens, lycéens, etc. le matin et les ramener le soir. C'était un coût très lourd pour notre petit budget, en contrepartie d'un service très réduit : ponctuel, point à point, un aller le matin et un retour le soir, à des heures et sur des trajets qui ne convenaient pas à bien des personnes, notamment pour aller au travail.

La 1è révolution a été celle de "l'intelligence collective", avec l'approche de la question au niveau intercommunal : le réseau de bus urbains, pris en charge par la CommAgglo, a été élargi à tout le territoire intercommunal. Avec le jeu des péréquations et autres clés de répartition, notre contribution budgétaire au réseau correspondait à peu près au budget de l'ancien "ramassage" devenu inutile. Donc pour le même prix, on avait un service nettement accru : un vrai quadrillage de tout le territoire intercommunal, ouvert à tous, avec des bus toutes les 20 minutes !

La 2è révolution a été celle de "la gouvernance", dont la première retombée concrète a été un partenariat avec les entreprises et d'autres employeurs, qui ont accru leur participation au financement du réseau moyennant une meilleure desserte des zones d'activité en fonction des besoins de leurs salariés ou des attentes de leurs clients.

La 3è révolution a été celle de "l'optimisation du système". Car des bus à longueur de journée sur tout le réseau, alors qu'il n'y a pas de passagers sur certains tronçons à certaines heures, ça fait vite des centaines de kilomètres "à vide". Arrêter le service aux heures creuses aurait posé un problème à certaines personnes : M. X pour aller à l'hôpital faire sa piqûre 3 fois par mois, Mme Y pour garder ses petits-enfants 2 ou 3 fois par semaine, etc. Maintenir tout le dispositif au nom du service public aurait fait payer très cher à la collectivité la satisfaction de quelques besoins ponctuels. La solution a consisté à prendre en charge ces déplacements atypiques dans le cadre d'une "prestation taxi" dont on a défini collectivement les règles du jeu. Bien sûr, quand l'idée a été lancée, certains ont protesté au nom de grands principes, mais le bon sens a gagné : il est évident qu'il aurait été idiot de choisir entre l'intégrisme du "respect du service public" consistant à faire rouler des bus vides et celui de la "rentabilité" consistant à ignorer la demande sociale, alors qu'avec un peu de matière grise on pouvait tout concilier !

Le parallélisme avec l'accueil en relais est frappant. Cet exemple est plus directement "parlant" que celui de l'accueil en relais, dans la mesure où il peut être ramené à quelques causalités directes, plus visibles que les problématiques de la garde d'enfants, dont on a vu qu'elles pouvaient s'enchevêtrer avec beaucoup d'autres. Mais les "ingrédients" sont rigoureusement les mêmes : intelligence collective, gouvernance et optimisation.

Plus généralement, ces problématiques sont communes à bien d'autres domaines (système éducatif, système de santé, assurance-maladie, etc.), où des dispositifs institutionnels ont été mis en place à une certaine époque, souvent à la charnière du XIXè et du XXè siècles, en réponse aux besoins du moment ; par la suite, non seulement les institutions sont restées "calées sur leur feuille de route initiale", répondant de plus en plus mal à de nouvelles attentes, mais elles ont accru la quantification et la spécialisation de leurs approches, alors que les besoins sociaux devenaient plus qualitatifs et plus complexes (c'est "le retard du politico-institutionnel", un casse-tête situé en amont des choix politiques).

Zoom... [cf. http://www.algoric.com/ti/118.htm ]

Des besoins saturables aux aspirations contradictoires

Un élément-clef de la mutation actuelle est que les sociétés occidentales, organisées en fonction de besoins quantitatifs aujourd'hui assez largement satisfaits, sont encore mal préparées pour répondre aux nouvelles aspirations, plus qualitatives, des personnes. Pourtant, la satisfaction de celles-ci, dans une perspective plus générale de promotion de la personne, ne devrait-elle pas être la finalité essentielle de l'action ? Or, précisément, dans les régulations qui caractériseront le "nouvel état" de la société, ces aspirations semblent susceptibles de jouer un rôle primordial. Mais la difficulté est grande, car contrairement aux besoins quantitatifs qui sont simples, matériels et complémentaires (se nourrir, se vêtir, se loger...), les aspirations qualitatives sont complexes, "dématérialisées" et contradictoires entre elles : autonomie et convivialité, initiative et sécurité, créativité et homogénéité, expression individuelle et discipline collective, utilitarisme et hédonisme, ordre et mouvement, liberté et égalité...

L'accueil en relais témoigne d'une approche moderne et ouverte de ces mêmes problématiques. Certes, le champ de la garde d'enfant n'a pas la complexité des systèmes de santé ou d'éducation. Il n'en est pas moins exemplaire à différents titres : parce qu'il s'est trouvé des acteurs économiques et sociaux (à commencer par les initiateurs de GEPETTO) pour engager et développer cette innovation sociale ; parce qu'il s'est trouvé des institutions nationales et européennes pour soutenir et amplifier ces initiatives, voire les systématiser ; parce que la CNAF a su adopter une lecture ouverte de ses règles (notamment celles de type "on ne finance que des dispositifs collectifs") et contribuer au financement d'un dispositif "formellement" individuel. Formellement, car c'est bien la société dans son ensemble qui en tire le plus grand bénéfice, comme dans notre analogie avec les transports publics, où de la même façon la collectivité finance les taxis individuels de Mme Y et M. X.

Le malaise de l'inextricable
provient de notre désir de tirer sur la ficelle emmêlée
au lieu de la dénouer nœud par nœud.
André Arnoux

Le discours politique, simple, absolu, qui ne fait jamais mention des contreparties,
qui n'indique jamais qui paiera, qui ne va jamais jusqu'au bout, devra donc être revu.
Il y faudra du temps. Ni les élus ni les citoyens ne sont prêts à tenir ou à entendre ce nouveau langage.
Jean Sérisé

Dans un monde qui bouge, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement.
Francis Blanche

Regarder un atome le change,
regarder un homme le transforme,
regarder l'avenir le bouleverse.
Gaston Berger


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Plan du rapport :
Synthèse & problématiques générales
Introduction
1 - La garde d'enfants coûte cher à la collectivité...
2 - Si on compte, il faut tout compter...
3 - Le temps change... la gestion locale s'adapte
4 - Le "métro-boulot-dodo" c'est fini...
5 - Interactions : ce n'est plus aux femmes de réguler le système...
6 - Convergences : management et gouvernance
Annexes
Sommaire détaillé

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