www.algoric.com . JPQ / Equal-Gepetto décembre 2005  
 
1a . Ce n'est pas l'accueil des enfants qui coûte,
mais son absence

Une analyse réalisée en Suisse romande, qui confirme les résultats d'une étude zurichoise, conclut que les structures d'accueil ont un rendement élevé pour la collectivité.

1 franc investi en rapporte 1 au fisc, 3 à la collectivité,
d'importantes retombées indirectes à tous...

Les investissements consacrés aux structures d’accueil de la petite enfance engendrent des bénéfices, c’est au contraire la pénurie de celles-ci qui génère un manque à gagner considérable pour la collectivité, pouvoirs publics compris.

En sériant les coûts et les bénéfices, il a été possible de calculer que la totalité des bénéfices dépassait largement les coûts puisque les crèches examinées en Suisse romande rapportent, pour un franc investi, en moyenne trois francs à la collectivité et un franc aux pouvoirs publics au titre de recettes fiscales.

Les retombées pour la collectivité dépassent largement le cercle des personnes les plus concernées, les parents, les enfants et le personnel des crèches. Les contribuables, dans leur ensemble, ainsi que les entreprises en bénéficient aussi.

De plus, la comptabilité des crèches ainsi que les analyses "coût de revient" n’intègrent pas ces retombées. Elles ignorent l’insertion des crèches dans le circuit économique. Les retombées les plus directes sont :

  • la plus grande participation des femmes au marché du travail avec en conséquence l’acquisition de revenus supplémentaires pour la famille ;

  • une plus grande disponibilité et une meilleure qualification des employés ;

  • des cotisations sociales supplémentaires ;

  • des rentrées fiscales plus élevées ainsi qu’une diminution des dépenses sociales.

Les résultats ne comprennent que les revenus et les impôts supplémentaires produits grâce à l’augmenta-tion de l’activité professionnelle due à l’existence de la crèche. De surcroît, ils ne prennent pas en compte certains éléments de nature moins directe apportant également des bénéfices à la collectivité.

Cette étude montre aussi très clairement que les bénéfices réalisés sous la forme de recettes fiscales ne retournent pas de manière équitable aux pouvoirs publics. La commune, qui subventionne les crèches pour une part importante, n’en reçoit qu’une partie, l’autre étant partagée entre le canton et la Confédération. La répartition des bénéfices justifie pleinement une participation financière des pouvoirs publics à tous les niveaux (communal, cantonal et national).

L. Mackenzie, "La crèche est rentable, c’est son absence qui coûte", 2002 - http://www.jura.ch/ega

Ces résultats sont très intéressants en eux-mêmes. Ils le sont davantage encore si l'on sort de l'analyse strictement économique ; si, à coté de ces comptes, l'on introduit des éléments plus qualitatifs comme le dynamisme, y compris "mental", d'une société en croissance démographique... ou encore si l'on intègre des variables structurelles comme les évolutions  d'une société devenue dédichotomisée[1], flexible, en réseaux...

Evolution des besoins de prise en charge de la petite enfance :
quels rôles, quels acteurs ?

Le développement des horaires atypiques, des plannings de travail flexibles et du nombre de ménages à deux pourvoyeurs de revenus a considérablement modifié la demande de garde des ménages. Une grande part de ces nouveaux besoins sont régulés par les ménages eux-mêmes, qui organisent des "arrangements" plus ou moins stables et adéquats, combinant ressources formelles (système de garde) et informelles (réseau de parenté, voisinage), ce qui implique souvent cependant une forte pression et une lourde charge mentale quotidienne. Face à cette évolution des besoins, les réponses des pouvoirs publics sont encore incertaines. Jusqu’où convient-il d’aller pour faire face à cette complexification des modes de prise en charge de la petite enfance ? Faut-il ou non couvrir des périodes de la journée réputées incompatibles avec les horaires normaux des services publics (matin de 5h à 8h – soir au-delà de 19h, voire même nuits) ? Cette offre doit-elle être proposée par les collectivités locales, par le tiers secteur ou laissée au libre choix des intéressés qui pourraient trouver des réponses sur un nouveau "marché de services" ? Les entreprises qui sont à la source de ces horaires flexibles et atypiques doivent-elles s’impliquer dans la régulation de ces nouveaux besoins et sous quelles formes ?

C. Martin, B. Le Bihan, "Horaires atypiques et prise en charge de la petite enfance", 2004

Face à de tels constats et interrogations, les voix sont de plus en plus nombreuses pour déplorer le décalage entre les besoins et les réponses : d'un côté, les rythmes de plus en plus flexibles et personnalisés de la vie, tant personnelle que professionnelle ou sociale ; en face, une offre de garde restée calée sur les critères rigides et standardisés de la société industrielle. Le bon sens voudrait qu'on cherche des solutions souples - mais le conditionnement culturel reprend le dessus et on va envisager des hypothèses qui se veulent "ouvertes"... à condition de ne pas sortir du cadre de référence rigide et standardisé. Exemple emblématique : l'ouverture de crèches 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, solution qui ne s'inscrit pas vraiment dans l'argument de flexibilité qui pourtant prétend la justifier ! Si l'on poursuivait le raisonnement qui sous-tend de telles solutions - sans compter, bien sûr, que le besoin ne se limite pas aux crèches - on pourrait refaire l'étude suisse en changeant seulement quelques paramètres, notamment pour prendre en compte les surcoûts d'une crèche ouverte en permanence. Alors – oh, surprise ! – on constaterait que dans ces conditions la crèche est beaucoup moins rentable qu'actuellement, ou même qu'elle devient coûteuse... et l'on parviendrait "naturellement" à la conclusion "qui s'impose", binaire, sommaire, selon laquelle il faut soit renoncer à accueillir les enfants en dehors des heures ouvrables, soit accepter de payer les coûts (financiers et autres) de la crèche ouverte jour et nuit…

Alors qu'il suffirait de poser le problème autrement, comme l'ont fait par exemple les initiateurs de l'accueil en relais - qui par surcroît (ce qui ne nuit pas !) ont abordé la question en référence aux finalités et placé l'enfant au coeur de la réflexion afin de respecter ses rythmes biologiques (à commencer par le sommeil), d'éviter de lui infliger de multiples allées et venues, de prendre en compte la fratrie, etc.


[1] La "dichotomie" rompue par la société postindustrielle est celle qu'avait instaurée la société industrielle, établissant une distinction entre le temps consacré au travail et le temps disponible pour "le reste" - consistant de fait à structurer la vie en référence au travail.

haut . suite

Plan du rapport :
Synthèse & problématiques générales
Introduction
1 - La garde d'enfants coûte cher à la collectivité...
2 - Si on compte, il faut tout compter...
3 - Le temps change... la gestion locale s'adapte
4 - Le "métro-boulot-dodo" c'est fini...
5 - Interactions : ce n'est plus aux femmes de réguler le système...
6 - Convergences : management et gouvernance
Annexes
Sommaire détaillé

Sommaire
PDF
-> Le plan du site... -> Sommaires en dessins... -> La Molécule... -> L'Heuropéen... -> Les épigraphes...


-> accueil algoric.com algoric, catalyseur d'intelligence . (c) Jean-Pierre Quentin . www.algoric.com