www.algoric.com . JPQ / HEC-Exed novembre 2005  
 
1b . L'art du diagnostic clinique et des problématiques

Diffuser la prospective suppose qu'on sache de quoi on parle. Contrairement à une idée encore répandue, elle ne consiste pas à prédire l'avenir. Une de ses fonctions est de le préparer, mais pas à l'aide du marc de café ni d'un outil magique, pas en prolongeant les courbes ni par quelque autre façon de regarder l'avenir dans le rétroviseur (cf. suite du dossier). Dans des contextes marqués par le changement, la complexité et l'ouverture, elle aide à mettre les acteurs et situations en perspective, en cohérence et en synergie, par une démarche consistant à appréhender :
  • les multiples composantes d'une question complexe,
  • les relations entre ces divers éléments,
  • dans une perspective dynamique qui va d'hier à aujourd'hui, puis demain,
  • en référence à notre situation propre : nos intentions, nos possibilités d'action, nos choix.
A la différence de la prévision, qui regarde le passé pour en déduire un avenir en continuité, la prospective construit de nouvelles références, sachant que demain sera différent d'hier et qu'un autre regard sur aujourd'hui éclaire sur les ruptures, sur ce qui a changé et sur ce qui peut changer. Car le monde n'est pas prédéterminé, mais comporte une pluralité d'avenirs : à nous de choisir.

Pour choisir, les décideurs ont fortement besoin d'être éclairés. Heureusement, les éclairages ne manquent pas, dont certains de très grande qualité. D'ailleurs leur richesse est parfois trop grande pour l'homme d'action, qui ne sait à quels saints se vouer entre les religions et les sous-chapelles des diverses familles de spécialistes - économistes, juristes, sociologues... L'expertise du spécialiste est d'autant plus utile qu'elle est reliée à la vue d'ensemble du généraliste, qui porte un diagnostic clinique et coordonne les diverses interventions. Ainsi, une vision prospective relie des éléments trop souvent envisagés séparément : il peut s'agir d'horizons de temps, de domaines de connaissance, d'applications pratiques... ou plus fondamentalement encore de paradigmes (références conceptuelles) et de tous repères qu'utilisent l'observation, l'analyse, l'intuition, l'émotion.

Finalement, la prospective travaille avant tout sur des problématiques. C'est en tant que nom(*1) que le terme nous intéresse ici, quand il désigne tantôt l'art ou la science consistant à poser les problèmes ("la" problématique), tantôt un ensemble de problèmes dont les éléments sont liés ("une" problématique) ; on pourrait envisager un troisième cas de figure réalisant la synthèse de ces deux acceptions, en considérant alors une problématique comme une question complexe à laquelle on pourrait mieux répondre si elle était formulée autrement, tant il est vrai que "le problème, c'est le problème !" (M. Crozier).

Bien sûr, on ne saurait présenter la méthode en quelques lignes, car elle justifierait un dossier à elle seule. Prenons simplement un de ses aspects centraux : puisqu'il s'agit de préfigurer les évolutions possibles d'un acteur(*2) et des situations dans lesquelles il s'insère, on s'intéresse avant tout à 3 types de variables :
  • les principaux acteurs concernés (ceux qui ont ou peuvent avoir un impact significatif, direct ou indirect) ;
  • les principales situations pertinentes (systèmes, scénarios, etc.),
  • les principales relations significatives entre les uns et les autres.
On s'attache à identifier, sélectionner, hiérarchiser les variables, avant d'en expliciter les principales problématiques, puis de les traiter, par exemple sous forme de scénarios et de les présenter en termes de choix.

Là encore apparaît la complémentarité entre stratégie et prospective : l'une et l'autre consistent pour un acteur à définir sa place dans un environnement donné. L'acteur doit connaître et exploiter au mieux ses marges de manœuvre ; l'environnement doit être analysé en termes de champs des possibles (de type : quels sont les scénarios concevables ?) ; les interactions sont nombreuses : les possibles exercent une contrainte sur les manœuvres, les manœuvres modifient les possibles… C'est cette dialectique subtile que stratégie et prospective prennent en tenaille : la première y entre plutôt par les marges de manœuvre dont peuvent disposer les acteurs, la seconde plutôt par les champs des possibles que peuvent présenter les situations[cf. De la problématique à la décision]


*1 Par ailleurs, en tant qu'adjectif, problématique signifie douteux (Robert : "dont l'existence, la vérité, la réussite est douteuse") ; chez Kant, il qualifie un jugement exprimant une simple possibilité : ces divers sens ne nous concernent pas ici - et encore moins une dérive coupable du langage courant qui crée d'inutiles confusions en suggérant que problématique signifierait source de problèmes ! [retour]

*2 Un acteur est indifféremment un individu, une entreprise, un groupement d'entreprises, une institution, un réseau, etc. Il est fréquent qu'un même acteur soit concerné à plusieurs titres - par exemple l'individu chef d'entreprise qui participe à un réseau de développement local associant un groupement d'entreprises et diverses institutions… [retour]
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Plan du dossier :
Editorial
1 - La prospective pose, propose, impose un autre regard
2 - Quelques pratiques d'entreprises et institutions
3 - Regards sur le changement : entre modes et méta-tendances
4 - Approches de la prospective : bonnes feuilles
5 - Références et liens.
Sommaire détaillé
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